Yasmina Reza, langue de dispute

Libération.fr

Dans le venimeux «Bella Figura», la dramaturge met en scène, avec un casting de stars, une querelle entre amants qui vire au règlement de comptes.

Jaune, la voiture. Et rutilante, au milieu du plateau. Rouges, les escarpins. Et de chez Gigi Dool, ils coûtent un cinquième du salaire de celle dont ils meurtrissent les pieds et qui les a achetés en prévision de cette soirée mirifique, ce sera précisé à la fin de la pièce. Ces pieds qui ne souffrent pas encore, mais on y pense déjà, se poursuivent par des jambes - c’est le plus fréquent - longues et fines, elles dépassent de la portière ouverte de la voiture rutilante. Andréa s’en extrait partiellement, pour fumer. L’homme, Boris, déjà dehors et exaspéré, lui intime de ne pas souffler la fumée à l’intérieur de la caisse. Mauvaise foi masculine. On comprend qu’ils sont amants, qu’ils sont faits pour s’intoxiquer l’un l’autre, pour se laisser aller à la castagne, que leur situation fortement insatisfaisante ne peut que leur donner envie d’en découdre. D’ailleurs, il a fait «l’effort» de l’inviter au restaurant, tandis qu’elle casque - notamment une paire d’escarpins, donc - avec l’espoir et la volonté d’être au summum de son attrait. «L’effort d’une invitation ?» Et c’est parti pour un tour. Andréa, à la salle : «On me fait l’aumône d’un dîner, je suis trop ingrate !» Emmanuelle Devos, qui l’incarne, excelle dans l’ironie. Elle excelle d’ailleurs tout court, sans complément, et toute la représentation tient au plaisir de l’observer, de regarder ce qu’elle invente pour offrir de l’épaisseur aux mots de Yasmina Reza, de la singularité à une situation commune. Ce qui serait inacceptable, cependant, serait d’évoquer uniquement l’actrice et sa virtuosité. Car, de Louis-Do de Lencquesaing, à Micha Lescot, en passant par l’hilarante Josiane Stoléru et Camille Japy - dont le personnage de l’amie de la femme légitime est le moins bien écrit -, ce sont tous les acteurs qui font le sel de cette mise en scène par l’auteure en (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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