Yann Arthus-Bertrand : "Etre optimiste aujourd’hui, c’est ne pas savoir lire, ne pas comprendre qu’on va vers une catastrophe annoncée"

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Le réalisateur et militant écologiste Yann Arthus-Bertrand était l'invité de Yahoo. 

Cela fait plus de 40 ans qu’il photographie notre planète, sa faune et sa flore, pour nous inciter à la protéger. À 75 ans, Yann Arthus-Bertrand est toujours combatif, mais certainement plus pessimiste. Le réalisateur et militant écologiste s’est confié à Yahoo. Il raconte pourquoi il ne s’en remet ni aux politiques, ni aux COP pour enrayer le réchauffement climatique, et assume sa "connerie" d’avoir soutenu le Qatar pour qu'il obtienne la Coupe du monde football 2022. 

"Pécresse, Hidalgo, Jadot... ils ont beaucoup moins de pouvoir qu'on le croit"

À quatre mois de la présidentielle, Yann Arthus-Bertrand admet "ne pas s’investir beaucoup dans la campagne", lui qui a "toujours voté Verts, par principe". "J’ai l’impression de voter Verts plus par romantisme que par efficacité", sourit-il. Mais "les hommes politiques ont beaucoup moins de pouvoir que l’on croit", estime le réalisateur, et surtout, "ils ne sont que le miroir de ce nous sommes". Or "quand on fait la marche pour le climat, on est 40.000 dans la rue, et quand il y a la victoire à la Coupe du monde [de football], on est 2 millions, voilà".

Le militant écologiste a-t-il perdu espoir en l’action politique ? "Etre optimiste aujourd’hui, quand tu regardes les chiffres du Giec, c’est ne pas savoir lire, ne pas comprendre", enfonce Yann Arthus-Bertrand. "Le secrétaire général des Nations unis le dit, on va vers une catastrophe annoncée", poursuit-il, égrenant les rapports alarmistes du Giec ou la ville canadienne de Lytton partie en fumée pendant la canicule l'été dernier. "Les scientifiques nous le disent : le climat qu’on a eu pendant 10.000 ans est parti à jamais".

Selon lui, "on est incapables de baisser notre consommation d’énergies fossiles, car la croissance a besoin de cette énergie, et on ne peut pas se passer de croissance". Yann Arthus-Bertrand dénonce également notre responsabilité collective en matière de dérèglement climatique. "Le problème, c’est qu’on dit que c’est pas de notre faute, c’est les autres, les Américains, Trump, les Chinois.… Mais on a déplacé nos usines en Chine, donc les Chinois, ils produisent un peu pour nous aussi", pointe-t-il.

"J’ai fait une connerie en soutenant le Mondial de foot au Qatar"

Le président et créateur de la Fondation GoodPlanet reconnaît avoir fait "une connerie" en apportant son soutien au Qatar en 2010 pour l’organisation du Mondial de football, prévu l’hiver prochain. "Je l’ai fait de bonne foi. Je pensais que c’était bien de soutenir un petit pays, je croyais que les stades allaient être démontés et remontés dans des pays en voie de développement, que tout le carbone des visiteurs serait compensé de façon solidaire". 

Onze ans plus tard, il constate, amer : "les stades avec air conditionné, les travailleurs émigrés… là, j’ai fait une connerie. Mais j’ai pas été payé, pas comme Zidane !" Il était en contact avec la Fondation du Qatar, entre les mains de la famille dirigeant l’émirat, depuis qu’elle avait financé son premier film, Home, en 2009.

Selon une enquête du journal britannique The Guardian, 6.500 ouvriers étrangers seraient morts sur des chantiers dans ce petit émirat de la péninsule arabique, depuis l’attribution du Mondial de football en 2010. Quant au bilan écologique, il est tout aussi désastreux : cette Coupe devrait produire 3,6 millions de tonnes de CO2, 70% de plus que la dernière compétition en Russie, d'après un rapport de la Fifa (Fédération internationale de football association). Mais le Qatar continue de promettre un bilan carbone neutre.

"Aujourd’hui, la conscience écologique est là mais l’action n’est pas encore là"

Face à ces terribles constats, Yann Arthus-Bertrand pense que l’on peut chacun agir à notre échelle, pour sortir de "la banalité du mal", qui nous fait continuer à manger de la viande industrielle ou prendre notre voiture ou l’avion "alors qu’on sait que c’est pas bon". "Ce qu’on peut tous faire assez facilement, c’est manger bio", conseille le militant, pour lutter contre la l’extinction des insectes, victimes des pesticides, qui entraîne à son tour la disparition de certains oiseaux. 

Pour préserver la faune et la flore locale, le photoreporter qui a parcouru le monde entier a récemment acheté un terrain de 28 hectares près de chez lui, dans les Yvelines, afin d’en faire une réserve naturelle. "Quand j’étais petit, j’allais pêcher avec mon grand-père, et on ramassait des sauterelles", se souvient-il. "Aujourd’hui on n’en voit plus. Alors qu’il y a de plus en plus de tiques, il manque un prédateur du tique." Et de conclure : "aujourd’hui, la conscience est là, mais l’action n’est pas encore là".

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