Yémen: Amnesty dénonce l'usage de la torture dans des prisons secrètes

Des détenus derrière la porte de la prison centrale de Sanaa. Amnesty International accuse les Emirats arabes unies, engagés dans la coalition sunnite au Yémen, et les forces gouvernementales yéménites de torturer des détenus dans des prisons tenues secrètes dans le sud du Yémen, où est exilé le gouvernement du président Abd-Rabbou Mansour Hadi. /Photo d'archives/REUTERS/Khaled Abdullah

DUBAI (Reuters) - Amnesty International accuse les Emirats arabes unies, engagés dans la coalition sunnite au Yémen, et les forces gouvernementales yéménites de torturer des détenus dans des prisons tenues secrètes dans le sud du Yémen, où est exilé le gouvernement du président Abd-Rabbou Mansour Hadi.

De telles violations du droit humanitaire international doivent faire l'objet d'une enquête et être considérées comme des crimes de guerre, ajoute l'ONG de défense des droits de l'homme dans un communiqué publié jeudi.

Les Emirats arabes unis, alliés des Etats-Unis et qui mènent avec l'Arabie saoudite des bombardements au Yémen depuis trois ans pour aider le gouvernement à vaincre les rebelles houthis soutenus par l'Iran, déclarent n'avoir jamais dirigé de prisons ou de centres de détention secrets au Yémen.

Par le passé, les Emirats et leurs alliés yéménites ont nié les accusations selon lesquelles ils faisaient usage de la torture contre des prisonniers.

Des dizaines d'hommes ont été détenus de manière arbitraire par des forces des EAU et du Yémen qui "opèrent hors du commandement de leur propre gouvernement", dit Amnesty.

Le mois dernier, la mission émirati auprès de l'Onu à Genève a déclaré que les autorités yéménites "contrôlaient entièrement la gouvernance locale et fédérale, ainsi que les systèmes judiciaire et pénitentiaire".

Cependant le ministre yéménite de l'Intérieur a semblé contredire cette déclaration en demandant plus tôt dans la semaine que les Emirats arabes unis ferment les prisons qu'ils dirigent ou qu'ils en remettent le contrôle.

Ahmed al Maysari a déclaré mardi avoir trouvé un accord avec les EAU. Toutes les prisons situées dans les zones contrôlées par le gouvernement yéménite sont désormais sous le contrôle du procureur général yéménite, a-t-il précisé.

Une enquête menée entre mars 2016 et mars 2018 dans les provinces d'Aden, Lahj, Abyan, Shabwa et Hadramout, situées dans le sud du Yémen, a établi que la torture ainsi que d'autres sévices, notamment sexuelles, étaient utilisées de façon généralisée dans les centres de détention yéménites et émirati, a annoncé Amnesty International.

"Les EAU, qui opèrent dans des conditions opaques dans le sud du Yémen, semblent avoir créé un système de sécurité parallèle, en dehors du cadre légal, où les violations flagrantes ne sont toujours pas contrôlées", a déclaré Tirana Hassan, l'une des responsables de l'ONG.

"En fin de compte ces violations, qui ont lieu en plein conflit armé au Yémen, devraient faire l'objet d'une enquête pour crimes de guerre", a-t-elle ajouté.

Dans son rapport, Amnesty appelle aussi les Etats-Unis à faire davantage pour s'assurer que les renseignements transmis par leurs alliés n'ont pas été obtenus grâce à la torture. L'ONG demande à Washington de promouvoir le respect au droit humanitaire international.


(Aziz el Yaakoubi, Jean Terzian pour le service français)