Xi Jinping en Birmanie, pays-clé des nouvelles routes de la soie

Richard SARGENT
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Xi Jinping et Aung San Suu Kyi lors d'une précédente rencontre à Pékin le 24 avril 2019

Myitsone (Myanmar) (AFP) - Le président chinois Xi Jinping se rend cette semaine en Birmanie, pays-clé de son titanesque projet des nouvelles routes de soie. Pékin est un soutien précieux pour le gouvernement birman, isolé sur la scène internationale depuis les accusations de "génocide" à l'encontre des musulmans Rohingyas.

Au cours de sa visite vendredi et samedi, le leader chinois entend consolider la place du géant asiatique comme premier investisseur en Birmanie, dirigée de facto par la prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.

Pékin propose de construire un couloir économique Chine-Birmanie pour relier l'Empire du milieu à l'océan indien, un projet-clé dans sa stratégie d'influence mondiale "des nouvelles routes de la soie".

Rare soutien de la Birmanie - ciblée par les puissances occidentales après les exactions commises par l'armée à l'encontre des musulmans rohingyas, la Chine a aussi promis d'investir plusieurs dizaines de milliards de dollars dans le pays.

La visite du président Xi comporte des risques immenses pour la Birmanie, estime certains analystes.

"Cela donne le sentiment une fois de plus que (les Birmans, ndlr) sont trop dépendants de la Chine et c'est une position qui est dangereuse", estime Richard Horsey, analyste indépendant, basé en Birmanie.

Mais les relations entre les deux voisins connaissent des frictions.

Conflits ethniques à la frontière, impact des barrages et des pipelines: un sentiment anti-chinois commence à poindre dans la population birmane.

- "Ouverte aux affaires" -

Le projet-phare promu par Pékin consisterait en une gigantesque zone industrielle et un port en eaux profondes d'1,3 milliard de dollars à Kyaukphyu dans l'Etat Rakhine (ouest).

Cette région, épicentre du drame des Rohingyas, est aussi le théâtre de violents affrontements entre l'armée et des rebelles séparatistes.

Malgré les combats, les autorités ont déclaré cette zone "ouverte aux affaires", une proposition rejetée par les investisseurs occidentaux mais accueillie favorablement par les Chinois.

Pékin veut aussi finaliser un projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre le port birman et sa province enclavée du Yunnan.

Ce "couloir économique" voulu par Pékin n'est pas sans soulever des questions sur le plan de la sécurité. Après l'Etat Rakhine, il doit traverser les zones montagneuses du nord de la Birmanie, où de nombreux groupes rebelles sont très présents, avant d'atteindre la frontière chinoise.

- Quid du barrage Myitsone? -

Un autre méga-projet de Pékin dans le nord du pays devrait également être au menu des discussions.

En 2009, la Chine a signé avec la junte alors au pouvoir un contrat pour la construction d'un barrage de 3,6 milliards de dollars, à Myitsone dans l'Etat Kachin.

Mais une fronde des populations locales a brutalement interrompu le projet deux ans plus tard, un affront à la Chine qui considère l'Asie du Sud-Est comme son arrière-cour naturelle.

L'ouvrage entraînerait la disparition sous les eaux d'une région de la taille de Singapour et pourrait causer des dommages irréversibles au fleuve Ayeyarwady.

Reprendre ce projet serait "catastrophique, contre-productif et impopulaire" avant les élections générales prévues fin 2020, estime l'analyste Richard Horsey.

D'abord défavorable au barrage, Aung San Suu Kyi appelle maintenant ses concitoyens à reconsidérer leur opposition.

Et la semaine dernière, le vice-ministre des Affaires étrangères chinois Luo Zhaohui a déclaré que les deux pays restaient "en communication étroite" dans ce dossier.

- Médiateur -

Le responsable chinois a surtout souligné le rôle de médiateur joué par son pays entre le Bangladesh et la Birmanie sur la question des réfugiés Rohingyas. 740.000 ont fui au Bangladesh depuis août 2017.

La visite de Xi est "un signe de soutien envers Suu Kyi dans le contexte de la crise des Rohingyas", analyse le politologue Yun Sun.

Au cours de sa visite, la prix Nobel de la Paix, le président chinois rencontrera aussi le puissant chef de l'armée Min Aung Hlaing.