Le wi-fi, une chance pour la communauté rom

Tous les internautes rêvent de pouvoir se connecter à Internet où qu’ils se trouvent, sans s’encombrer de câbles et de prises. Ce rêve est devenu réalité à Tomor, où la population rom peut accéder gratuitement au réseau wi-fi et acheter des ordinateurs pour une somme modique. Ce village situé dans le nord-est de la Hongrie compte moins de 300 habitants. Début mai, une maison communautaire un peu particulière y a ouvert ses portes, grâce aux subventions de l’association Rom Som [Je suis rom]. Les enfants roms s’y rendent pour se familiariser avec Internet, tandis que leurs parents peuvent bénéficier, toujours grâce à la Toile, de l’enseignement à distance. C’est le cas de Kálmán Horváth, 44 ans, bûcheron de son état, qui devait auparavant parcourir une dizaine de kilomètres pour assister à des cours du niveau de la seconde. Son ambition est de passer le bac. “Les exercices ne sont pas faciles”, confie-t-il en souriant tandis qu’il valide son code d’accès et son mot de passe sur l’écran de l’ordinateur.

Un outil de lutte contre la ségrégation scolaire

Cette salle de 250 m2 équipée d’ordinateurs ne désemplit pas. Ce sont surtout des enfants qui viennent ici. “Il y a dix ans, je faisais des recherches, en tant que sociologue, sur l’égalité des chances des Roms dans la région. J’avais été effondrée de constater que les enseignants n’hésitaient pas à flanquer des taloches aux petits Tsiganes parce qu’ils ne savaient pas comment les discipliner”, raconte Katalin Bohn, la fondatrice de Rom Som, qui est implantée depuis 2000 dans le Cserehát [région montagneuse frontalière de la Slovaquie]. Nous avons souvent entendu parler de la ségrégation à l’école, mais personne ne parle de la façon dont les enseignants ignorent les petits Roms. “Les instituteurs détournent leur regard, ne communiquent pas avec eux”, poursuit-elle. Cela l’a incitée à demander des subventions et à ouvrir des centres Internet dans six villages de la région de Cserehát (Tomor, Lak, Szakácsi, Homrogd, Alsóvadász et Selyeb). Elle a bénéficié également d’un coup de main décisif de la part d’une ancienne connaissance, András Nyír, que certains en Hongrie appellent “le gourou du Net magyar”. C’est lui qui a créé le premier magazine en ligne hongrois, Internetto. Aujourd’hui député européen, András Nyír a voulu soutenir le projet, baptisé par la suite Proposition Login, en discutant un jour des problèmes d’intégration des jeunes Roms avec l’ancienne secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances, Katalin Lévai. L’opération menée à Tomor et réalisée avec l’aide de l’association Rom Som est une première étape. Ils ont réussi à associer à leur projet l’entreprise Econet et la société Hadrianus KFT. La première fournit la connexion à Internet, tandis que la seconde propose des ordinateurs au prix abordable d’environ 20 000 forints [80 euros]. Il ne s’agit pas de machines destinées à la casse, mais d’anciens ordinateurs de bureau reconditionnés. Les habitants de Tomor peuvent les acquérir à crédit, grâce à Rom Som, en quatre mensualités sans intérêts. Aujourd’hui, certaines familles en possèdent deux. Lors de notre passage à Tomor, des techniciens vérifiaient la portée de l’antenne wi-fi, qui doit couvrir le village sur un rayon de 2 kilomètres. Pour l’installer, ils ont emprunté un morceau du séchoir à linge de László Siroki, l’administrateur local de Rom Som. “Vous pouvez écrire que l’on sait désormais pourquoi les Roms sont sales”, plaisante-t-il. Siroki est un jeune homme sage et posé, très respecté par la population rom. Il a été remarqué par Katalin Bohn il y a quelques années, lorsqu’il animait, toujours dans le cadre de Rom Som, des ateliers photo et vidéo. “C’est notre relais le plus fiable sur place. C’est lui qui organise tout, ici”, affirme Katalin Bohn.
Rom Som et András Nyír semblent donc avoir trouvé la bonne formule pour permettre aux petites communes roms d’avoir accès à Internet. Les habitants de Tomor sont désormais sur un pied d’égalité, du moins en matière de connexion à Internet, avec la classe moyenne urbaine hongroise, plutôt bien équipée. D’autres projets sont prévus dans le village. Après la maison communautaire, on envisage l’implantation d’un lycée, d’une maternelle et d’une entreprise de BTP qui fournira du travail aux maçons formés sur place. Les habitants de Tomor abandonnent ainsi peu à peu leurs métiers traditionnels, comme la vannerie, pour se former à des métiers recherchés sur le marché du travail. Ce sont eux aussi qui animent le site d’information de la région de Cserahát (cserehat.info).

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