Washington sanctionne des entités chinoises jugées comme menace à la sécurité américaine

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Le département américain du Commerce a ajouté, jeudi 8 avril, sept entités chinoises spécialisées dans les supercalculateurs à sa liste d'entreprises sanctionnées, jugeant qu'elles représentaient une menace à la sécurité nationale. Le même jour, des sénateurs américains ont présenté un projet de loi visant à permettre aux États-Unis de faire face « aux défis » posés par la Chine, en épinglant notamment le vol de propriété intellectuelle et en prévoyant de renforcer les liens entre Washington et Taipei.

La secrétaire au Commerce, Gina Raimondo, n'a pas tourné autour du pot. Les sanctions américaines visent « à empêcher la Chine de tirer parti des technologies américaines pour soutenir les efforts déstabilisateurs de modernisation militaire. Les capacités en matière de supercalculateurs sont cruciales pour le développement d'un grand nombre – peut-être même de la quasi-totalité – d'armes modernes et de systèmes de sécurité nationale, dont les armes nucléaires et les armes hypersoniques. »

Les sept entités chinoises visées devront désormais bénéficier d'une dérogation pour pouvoir commercer avec les États-Unis. Le centre qui abrite le supercalculateur Sunway TaihuLight dans la ville de Wuxi, dans la province du Jiangsu, sur la côte est du pays, fait partie de la liste.

À son lancement en 2016, TaihuLight était considéré comme l'ordinateur le plus rapide au monde. Dans un classement datant de juin 2020, réalisé grâce à des données de chercheurs, il était placé au 4e rang derrière des machines japonaises et américaines.

La Chine dispose du plus grand nombre de supercalculateurs, des appareils ultra-puissants qui peuvent être utilisés dans des domaines aussi variés que l'informatique à distance, l'étude du climat, l'ingénierie et la recherche militaire.

Maintenir la pression après Trump

Les États-Unis s'inquiètent de la volonté chinoise d'acquérir, grâce à ces ordinateurs, un savoir-faire technique lui permettant de moderniser son armée. Les tensions entre les deux premières économies mondiales se sont accentuées ces dernières années, notamment autour d'accusations américaines de vol de propriété intellectuelle par Pékin.

Les manœuvres militaires de la Chine en Asie et ses violations des droits humains, qu'il s'agisse de la répression du mouvement de contestation à Hong Kong ou de son traitement de la minorité ouïghoure au Xinjiang, font partie des autres contentieux.

Le président américain, Joe Biden, s'est engagé à maintenir la pression sur Pékin, un rare point de convergence avec son prédécesseur, Donald Trump.

Loi sur la « compétition stratégique » avec la Chine

Quelle stratégie globale face à la Chine ? La question a justement été mise à l'ordre du jour ce jeudi à Washington. Dans un rare consensus au Congrès, d'ordinaire profondément divisé, le chef démocrate de la commission des Affaires étrangères au Sénat et son numéro deux républicain ont présenté le « Strategic Competition Act ». Un texte qui cherche à présenter un cadre stratégique aux relations avec la Chine.

Le sénateur démocrate Bob Menendez, président de la commission, a salué une « tentative sans précédent de mobiliser tous les outils stratégiques, économiques et diplomatiques des États-Unis pour une stratégie indo-pacifique qui permettra à notre pays de réellement faire face aux défis que présente la Chine pour notre sécurité nationale et économique ».

Le projet de loi décrit les sanctions comme « un puissant outil » à disposition des États-Unis et s'inquiète de voir que l'exécutif « n'a pas totalement mis en œuvre » les mesures déjà approuvées par le Congrès.

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Du vol de propriété intellectuelle à la répression des Ouïghours

Si elle était adoptée, cette loi exigerait notamment du secrétaire d'État, Antony Blinken, qu'il présente chaque année une liste des entreprises publiques chinoises qui ont bénéficié d'un vol de propriété intellectuelle au détriment d'une société ou d'un secteur américain. Des accusations rejetées par Pékin.

Elle demanderait également un rapport d'évaluation sur les viols, les avortements et autres violences sexuelles perpétrées contre les Ouïghours, en plus des rapports déjà exigés sur les incarcérations et mauvais traitements infligés à cette minorité musulmane et turcophone. Des organisations de défense des droits humains accusent Pékin d'avoir interné depuis 2017 plus d'un million de Ouïghours dans des centres de rééducation politique. Plusieurs pays, dont les États-Unis, évoquent un « génocide ».

Le régime communiste dément ce chiffre et assure qu'il s'agit de « centres de formation professionnelle » destinés à éloigner les Ouïghours de l'islamisme et du séparatisme, après une série d'attentats qui leur ont été attribués.

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Protocole d'État pour Taïwan

Cette loi réaffirmerait d'autre part le soutien des États-Unis à Taïwan, en demandant notamment à Washington d'appliquer à l'île le « même protocole » qu'à tout autre État. Le texte continuerait toutefois à ne reconnaître officiellement que Pékin.

La Chine considère Taïwan comme une de ses provinces et menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d'indépendance ou d'intervention extérieure. Washington est l'allié le plus puissant de l'île.

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