“warWilding” : quand la nature est une arme de guerre

Aux premiers jours de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les eaux de la rivière Irpin ont soudainement monté, obligeant les troupes de l’envahisseur qui tentaient de s’approcher de la capitale à rebrousser chemin, et inondant les 13 000 hectares de zones humides drainées par les Soviétiques dans les années 1960. “Kiev a pu de nouveau respirer et une zone humide a été réinondée pour la première fois en plus de soixante-dix ans”, écrit The Guardian.

Cet épisode n’a rien à voir avec une intervention divine. Comme le racontait le quotidien britannique en mai, c’est le dynamitage fin février du barrage sur la rivière qui l’a provoqué. Et c’est ce qui a donné l’idée à Jasper Humphreys, directeur des programmes du Marjan Study Group du département d’études sur la guerre du King’s College de Londres, qui étudie les conflits et l’environnement, de créer warWilding, “un nouveau mot pour décrire l’utilisation de la nature comme arme et ses effets étonnants”, décrypte The Guardian.

Un mot impossible à traduire en français, composé de war qui signifie “guerre” et wilding pour “ensauvagement”, avec le second W en majuscule pour souligner l’importance de l’aspect sauvage, insiste Jasper Humphreys. Il ajoute :

“Même si warWilding est un néologisme, l’exploitation de la nature à des fins stratégiques et tactiques est vieille comme la guerre.”

En précisant néanmoins que les résultats ne sont pas toujours positifs, loin de là.

La guerre provoque des changements d’occupation des sols

De son côté, le biologiste américain Thor Hanson, spécialiste de l’impact des guerres sur l’environnement, juge le terme warWilding “accrocheur”. Mais plus qu’une “arme de guerre” que serait la nature, il imagine le warWilding comme une façon de définir les effets de la guerre sur les milieux naturels.

“Du point de vue de l’‘écologie de la guerre’, ce terme peut s’appliquer au réensauvagement du milieu naturel qu’on observe parfois à la suite d’un conflit. Un tel réensauvagement peut être tactique, comme le dynamitage d’un barrage sur l’Irpin [afin d’inonder les terres en aval], explique-t-il, mais plus souvent il est involontaire, il résulte des changements spectaculaires de l’activité humaine et de l’occupation des sols causés par la guerre. La régénération des terres agricoles abandonnées, par exemple, ou la cessation d’activités comme la pêche, la chasse ou l’exploitation des forêts.”

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