Wall Street: les résultats d'entreprises s'ajoutent aux incertitudes

Julien DURY
Un tableau d'indices boursiers à Wall Street, le 6 avril 2017 à New York

New York (AFP) - Indicateurs mitigés, remous géopolitiques, petite révolution à la Réserve fédérale (Fed)... Wall Street ne manque pas d'incertitudes et, après avoir temporisé cette semaine, doit maintenant y rajouter la perspective des premiers résultats d'entreprises de l'ère Trump.

Lors des cinq dernières séances, l'indice vedette Dow Jones Industrial Average a cédé 0,03% à 20.656,10 points. Le Nasdaq, à dominante technologique, a reculé de 0,57% à 5.877,81 points et l'indice élargi S&P 500 de 0,30% à 2.355,54 points.

"C'est simplement la consolidation qui continue", a résumé Karl Haeling, de LBBW, remarquant que les investisseurs américains semblaient maintenant se tourner vers les marchés européens et émergents.

"C'est l'idée qui prédomine en ce moment: les actions américaines sont à leur juste prix, voire chères", a-t-il remarqué. "Mais si elles ne montent pas... Elles ne baissent pas non plus !"

Les analystes soulignaient que la Bourse américaine, très en forme depuis l'élection de Donald Trump fin 2016, avait résisté à une accumulation de risques, en particulier une fin de semaine marquée par des bombardements américains contre les forces syriennes ainsi qu'un attentat meurtrier en Suède.

"C'est la semaine où les marchés auraient pu baisser... Et qui nous a montré pourquoi ils ne baissent pas", a jugé Gregori Volokhine, de Meeschaert Financial Services.

Il citait des raisons politiques, avec l'impression générale que les promesses économiques de M. Trump restaient d'actualité et l'apparente "montée en puissance" dans son gouvernement de figures respectées à Wall Street, comme Gary Cohn, ancien de Goldman Sachs.

"Et la Réserve fédérale (Fed) a bien réussi un passage de flambeau entre la hausse des taux et la diminution de son bilan", a enchaîné M. Volokhine.

Les "minutes" de la dernière réunion de la Fed ont montré que la banque centrale américaine s'apprêtait à réduire la masse des actifs financiers acquis depuis la crise de 2008 pour soutenir l'économie, ce qui marquerait une petite révolution dans un débat jusqu'alors centré sur le niveau de ses taux d'intérêt.

"Qu'est-ce que ça veut dire pour la Bourse ?", s'est interrogé M. Haeling. "A première vue, c'est une mauvaise nouvelle car cela devrait réduire l'afflux de liquidités vers les actions. Mais cela veut aussi dire qu'ils n'auraient pas à autant relever les taux que prévu, ce qui est positif !"

"Donc, l'impression est mitigée et incertaine", a-t-il retenu.

- Emploi contrasté -

Le sentiment est le même du côté des indicateurs, avec des enquêtes toujours florissantes sur l'activité économique - malgré un petit ralentissement dans les services - mais des statistiques concrètes plus contrastées.

"Le fait que la Bourse manque de tendance, cela vient du fait que l'économie en donne peu: on a de bonnes nouvelles, puis des mauvaises nouvelles", a jugé Hugh Johnson, de Hugh Johnson Advisors.

Emblème de cette ambivalence, la semaine s'est conclue sur l'indicateur le plus attendu, les chiffres mensuels de l'emploi, qui a simultanément témoigné d'un net ralentissement des embauches et d'un déclin du taux de chômage au plus bas depuis dix ans.

La semaine prochaine sera moins chargée en indicateurs économiques, avec essentiellement des chiffres sur l'inflation américaine ainsi qu'une statistique toujours cruciale sur la consommation, celle des ventes de détail.

Surtout, "c'est le début de la saison des résultats", a souligné M. Volokhine, remarquant que très peu d'entreprises avaient effectué des "pré-annonces".

"L'idée, et c'est aussi pour ça que les marchés tiennent bien, c'est qu'une entreprise qui sait que le trimestre est mauvais, elle pré-annonce", a-t-il commenté. "En ne l'ayant pas fait, cela laisse supposer que cela va être une bonne saison."

Les analystes tablent d'ailleurs en moyenne sur une nette hausse des bénéfices au sein du S&P 500, alors qu'ils ne s'étaient pas montrés aussi optimistes depuis de nombreux trimestre.

Reste que la semaine prochaine sera surtout marquée par des chiffres du secteur financier, en premier lieu Citi et JPMorgan jeudi, qui ne sont pas forcément les plus représentatifs de l'ensemble de l'économie.

Pour le moment, "les investisseurs ne savent dans quelle direction aller", a conclu M. Johnson. "Sur le plan politique comme économique, c'est un environnement fragile, instable, incertain. Et très imprévisible. Les investisseurs n'ont pas les réponses et cela se voit à la Bourse."



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