Wall Street finit dans le vert son meilleur trimestre depuis 2009

par Marc Angrand

PARIS (Reuters) - La Bourse de New York a fini en hausse vendredi, portée par un regain d'optimisme sur les discussions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, confortant ainsi sa meilleure performance trimestrielle depuis près de dix ans.

L'indice Dow Jones a gagné 211,22 points, soit 0,82%, à 25.928,68.

Le S&P-500, plus large, a pris 18,96 points, soit 0,67%, à 2.834,40.

Le Nasdaq Composite a progressé de 60,16 points, soit 0,78%, à 7.729,32.

Sur la semaine, le Dow s'est adjugé 1,67%, le S&P-500 1,2% et le Nasdaq 1,13%.

Le mois de mars se solde par une hausse de 0,05% pour le Dow, de 1,79% pour le S&P-500 et de 2,61% pour le Nasdaq.

Sur les trois premiers mois de l'année, le S&P-500 affiche une progression de 13,07%, sa meilleure performance depuis le troisième trimestre 2009. Il s'agit en outre de sa plus forte hausse sur un premier trimestre depuis 1998.

Les propos du secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, évoquant des entretiens "fructueux" avec ses interlocuteurs chinois à Pékin et les informations de la presse officielle chinoise sur les progrès réalisés par les deux parties sont jugés de bon augure pour la suite des pourparlers la semaine prochaine à Washington.

"La perspective de voir la guerre commerciale s'achever à très court terme dope la confiance des investisseurs, ce qui nous permet de terminer le trimestre sur d'assez belles hausses", a commenté Peter Cardillo, chef économiste de Spartan Capital Securities.

Autre élément encourageant: le retour en territoire positif de l'écart entre le rendement des bons du Trésor à dix ans et celui des titres à trois mois, qui met fin à la première inversion de cette partie de la courbe depuis 2007, un phénomène qui a nourri les craintes de récession pendant une semaine.

Les échanges ont porté au total sur 7,41 milliards d'actions, contre 7,52 milliards en moyenne sur les 20 séances précédentes.


VALEURS

L'indice S&P des valeurs industrielles, toujours sensible aux informations sur l'évolution des tensions commerciales, a gagné 1,01% et le Philadelpia des semi-conducteurs, dont de nombreuses composantes réalisent une part importante de leur activité en Chine, 1,58%.

Le compartiment des technologiques a pris 0,98%.

Lyft a brillé pour sa première séance de cotation. Le titre du principal concurrent d'Uber sur le mondial des voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) a fini la journée à 79 dollars après un pic à 88,60 dollars, 23% au-dessus du prix d'introduction (72 dollars).

Dans l'actualité des fusions-acquisitions, Celgene a bondi de 7,88%; le groupe de conseil aux investisseurs Institutional Shareholder Services (ISS) s'est prononcé pour l'offre de rachat présentée par Bristol-Myers Squibb (-0,27%).

A la baisse, DowDuPont a perdu 1,12% après que plusieurs analystes ont revu à la baisse leur objectif de cours.


LES INDICATEURS DU JOUR

Aux Etats-Unis, les dépenses de consommation des ménages ont rebondi moins nettement qu'attendu en janvier, augmentant de 0,1% alors que le consensus Reuters les donnait en hausse de 0,3%. En février, les revenus des ménages ont progressé de 0,2%.

Le moral du consommateur s'est par ailleurs amélioré plus que prévu en mars selon les résultats définitifs de l'enquête mensuelle de l'Université du Michigan, dont l'indice de confiance est remonté à 98,4 après 93,8 le mois dernier et 97,8 en première estimation.

Du côté du marché immobilier, les ventes de logements neufs ont augmenté de 4,9% en février pour atteindre leur plus haut niveau depuis 11 mois.


LA SÉANCE EN EUROPE

Les Bourses européennes ont fini en hausse à la faveur des signes de progrès dans les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

À Paris, le CAC 40 a gagné 1,02% pour clôturer à 5.350,53 points. Le Footsie britannique a pris 0,62% et le Dax allemand 0,86%. L'indice EuroStoxx 50 a progressé de 0,95%, le FTSEurofirst 300 de 0,56% et le Stoxx 600 de 0,6%.

Sur le trimestre, le CAC 40 s'est adjugé 13,1% et le Stoxx 600 12,3%, leur meilleur trimestre depuis quatre ans, même si le mois de mars a été moins porteur que les deux précédents en raison des interrogations sur la croissance et des incertitudes sur le Brexit.

Tous les grands indices sectoriels Stoxx affichent des performances trimestrielles positives, la meilleure allant à la distribution avec un bond de 20,3%.




TAUX

Les rendements des emprunts d'Etat américains sont remontés, une réaction logique au regain d'appétit des investisseurs pour les actifs risqués après les nouvelles jugées rassurantes sur le dossier du commerce sino-américain.

Celui des bons du Trésor à dix ans s'affichait en fin de séance à 2,405%, plus de six points de base au-dessus du plus bas de près de 15 mois touché jeudi à 2,34%.

Ce rebond a permis à l'écart entre les rendements américains à dix ans et trois mois de redevenir positif, le trois mois restant sous la barre des 2,4%, après une semaine d'inversion jugée préoccupante car perçue comme un signal avant-coureur de récession.

Les contrats à terme sur les taux d'intérêt intègrent désormais une probabilité de 67% de baisse de taux d'ici fin décembre selon le baromètre FedWatch de CME Group.


CHANGES

Orienté à la baisse en tout début de séance, le dollar a ensuite profité d'un nouvel accès de faiblesse de la livre sterling après le nouveau rejet par les députés britanniques du projet d'accord de sortie de l'Union européenne négocié par le gouvernement de Theresa May.

Ce rejet, le troisième en trois mois, accroît encore le risque d'un "no deal", un Brexit désordonné.

Au moment de la clôture à Wall Street, la livre sterling abandonnait environ 0,2% face au dollar, contre lequel elle avait auparavant enfoncé le seuil de 1,30.

L'"indice dollar", qui mesure les fluctuations du billet vert face à un panier de référence, prenait alors 0,06% après avoir cédé jusqu'à 0,2%.

L'euro se traitait pratiquement inchangé à 1,1220 dollar mais il affiche sur l'ensemble du mois de mars un recul de 1,35% face la devise américaine, sa plus mauvaise performance mensuelle depuis octobre.


PÉTROLE

Les cours du pétrole ont terminé en nette hausse et affichent sur l'ensemble du premier trimestre leur meilleure performance depuis près de dix ans.

Le mouvement favorisé depuis plusieurs semaines par les sanctions américaines contre l'Iran et le Venezuela d'une part, les réductions de production orchestrées par l'Opep d'autre part, a trouvé un soutien vendredi dans l'annonce d'une nouvelle baisse du nombre de puits en activité aux Etats-Unis, tombé au plus bas depuis près d'un an selon le décompte hebdomadaire de Baker Hughes.

Le contrat mai sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) a gagné 84 cents, soit 1,42%, à 60,14 dollars le baril après un pic à 60,73 dollars, son plus haut niveau depuis la mi-novembre.

Le Brent a de son côté pris 57 cents (0,84%) à 68,39 dollars après un plus haut de quatre mois et demi à 68,89 dollars.

Les deux principales références du marché pétrolier affichent ainsi depuis le 1er janvier des hausses de 32,5% pour le WTI et 27,1% pour le Brent, leur meilleure performance depuis le deuxième trimestre 2009.


A SUIVRE LUNDI :

La séance de lundi sera animée entre autres par la publication des résultats définitifs des enquêtes auprès des directeurs d'achats (PMI) du secteur manufacturier en Europe et par l'indice ISM du secteur aux Etats-Unis.

En zone euro, les investisseurs attendent aussi la première estimation de l'inflation en mars, à moins de dix jours de la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).


(Avec Lewis Krauskopf à New York, Shreyashi Sanyal et Amy Caren Daniel à Bangalore)