Le vrai-faux retour d'Édouard Philippe

Par Perrine Vasque avec Jules Pecnard
·4 min de lecture

Certains élus proches de l'ex-Premier ministre lorgnent une impossibilité pour Emmanuel Macron de se représenter en 2022, voyant là un interstice dans lequel leur champion pourrait se glisser.

"Pas une semaine ne passe sans qu'au sein de la majorité, on me demande des nouvelles d'Édouard Philippe." Ce constat d'un député La République en marche reflète l'intérêt que suscite le "retour", après neuf mois de retrait de la scène politique nationale, de l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron.

Mis en musique par les élus locaux proches du maire du Havre, ce retour est marqué dans le calendrier. Il est prévu pour le 7 avril, date de parution de son nouvel ouvrage coécrit avec son comparse Gilles Boyer, Impression et lignes claires, qui portera sur ses trois années passées à Matignon, de mai 2017 à juillet 2020.

"Engrenage"

Même s'il jouit d'une insolente popularité malgré le contexte morose, Édouard Philippe ne devrait pas profiter de cette séquence médiatique à venir pour défier d'une quelconque manière celui qui l'a nommé. Toutefois, certains, autour de lui, le poussent à incarner une candidature de substitution au cas où Emmanuel Macron, frappé du "syndrome Churchill", serait en incapacité de se présenter, du fait d'être trop associé à une période sombre, que les Français souhaiteraient reléguer au passé. À savoir, la crise sanitaire. 

"On a accusé Édouard de 'gérer son risque pénal'. On peut se demander si le président ne gère pas actuellement son risque politique", raille par exemple un élu local très proche de l'ex-chef du gouvernement, faisant allusion à une gestion d'épidémie de plus en plus critiquée. 

Pour l'heure, le scénario d'un Emmanuel Macron empêché par les circonstances, à l'instar de François Hollande, d'être candidat à sa propre succession, n'est pas contemplé sérieusement.

"Il va y avoir une bascule dans les prochains jours", prédit néanmoins ce même élu. "Une séquence médiatique, et si un titre de presse sort un sondage sur Édouard Philippe qui est ravageur pour le président, ça peut changer les choses."

Macron empêché, Macron remplacé?

Selon cette source, 2022 sera "l'année du centre droit". Maniant l'équivoque, l'élu constate que l'ex-Premier ministre "a laissé un souvenir sérieux, mais on ne fait pas campagne avec un souvenir". "Si une candidature Philippe s'installe et que Macron dévisse au premier tour", juge-t-il, alors tout serait possible. On en est loin. 

Pourtant plus mesuré, un autre élu local estime "depuis longtemps" que "Macron ne se représentera pas". "Édouard Philippe saura prendre sa responsabilité et sa responsabilité est d'y aller dans ce cas", ajoute-t-il, avec à l'esprit le spectre d'un Rassemblement national très haut dans les sondages face au président sortant. Et ce proche de poursuivre:

"Aujourd'hui, il y a un télescopage entre une séquence sanitaire dégradée et la sortie de son livre. Les semaines à venir seront décisives sur le plan sanitaire et sur le plan politique. Édouard, psychologiquement, se tenait prêt pour 2027. 2022, c'était un peu court. Mais la bête politique en lui..." 

S'ajoute à cela le goût amer laissé par l'épisode des restrictions en Seine-Maritime, dont le maire du Havre n'a pas été prévenu en amont. Contrairement aux autres grands élus concernés, Édouard Philippe n'a pas reçu son coup de fil de la part de Jean Castex.

"Homme d'État"

Un conseiller de l'exécutif proche de l'ancien LR voit lui aussi venir ce retour. "Est-ce un homme qui a une stature d'homme d'État? Sans nul doute", affirme-t-il, avant d'ajouter que la popularité actuelle d'Édouard Philippe, très inhabituelle pour un ex-Premier ministre tout juste remercié, "est une bonne chose pour le président de la République". 

Sur l'épisode des chiffres épidémiques au Havre, auxquels l'intéressé a consacré une vidéo il y a 10 jours dans laquelle certains ont vu une critique en règle du gouvernement, ce conseiller y a vu au contraire un "soutien très net". 

"Ceux qui critiquent et font circuler de mauvais messages devraient plutôt se dire que c'est ça qu'il faut faire. Enfin, pour ça il faut être élu et ne pas perdre toutes les élections", raille cette source, dans une allusion à peine voilée aux performances pour le moins décevantes des macronistes aux scrutins locaux. 

S'affirmant loyal à Emmanuel Macron, par construction personnelle et par cohérence idéologique, Édouard Philippe n'en demeure pas moins une valeur refuge pour les électorats croisés de LaREM et de la droite, qui ignore encore si elle n'aura que Xavier Bertrand sur la ligne de départ. Il reste à déterminer quel rôle occupera le maire du Havre - ou celui qu'il exigera - au cas où le locataire de l'Elysée briguerait un second mandat. 

Article original publié sur BFMTV.com

Ce contenu peut également vous intéresser :