Pas de vote de confiance pour Élisabeth Borne: des Insoumis au RN, les oppositions ulcérées

Mathilde Panot lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale le 28 juillet 2020 - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP
Mathilde Panot lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale le 28 juillet 2020 - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

Après des semaines de temporisations et de calculs, c'était devenu un secret de polichinelle. Olivier Véran l'a éventé officiellement ce lundi après-midi, lors de sa première conférence de presse dans ses habits neufs de nouveau porte-parole d'un gouvernement remanié plus tôt dans la journée.

"La Première ministre ne sollicitera pas la confiance des députés", a-t-il annoncé aux journalistes.

Mercredi, Elisabeth Borne se contentera donc de prononcer son discours de politique générale sans se présenter aux suffrages des chambres du Parlement. Si Olivier Véran a assuré que le gouvernement continuait de "tendre la main" aux oppositions, celles-ci ont aussitôt réagi avec dépit à la nouvelle.

La colère des Insoumis

Particulièrement véhémente sur la question, c'est d'abord la France insoumise qui est montée au créneau.

"Après le gouvernement du Conseil de Défense, voici le gouvernement 'de fait' battu aux élections, maintenu par la seule faveur du prince. Pas de vote de confiance pour les députés ? Macron va dissoudre le peuple qui les a élus ?" a ainsi tweeté Jean-Luc Mélenchon, en référence à un vers du dramaturge communiste allemand Bertolt Brecht qui s'était interrogé dans un poème: "Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ?"

Les Insoumis n'ont d'ailleurs pas attendu que la décision soit définitivement arrêtée pour s'insurger. "En refusant le vote de confiance, Élisabeth Borne humilie la démocratie française", a en effet tempêté sur notre antenne le député élu dans le Val-de-Marne, et l'un des benjamins de l'Assemblée nationale, Louis Boyard, alors que le Conseil des ministres était encore en cours.

"Dans quel pays, on se retrouve avec des législatives qui désavouent la politique du président de la République et où le gouvernement n'ose pas se présenter devant les députés pour s'assurer que le peuple soit d'accord avec sa politique ?", s'est-il encore questionné.

Sentant elle aussi l'esquive venir, la patronne de son groupe parlementaire, Mathilde Panot, a pour sa part résolu sur Twitter: "Madame Borne, on ne maltraite pas la démocratie impunément. Nous vous ferons donc venir de force devant le Parlement".

Car réduite au silence, la France insoumise s'apprête à passer à l'action. Ses députés déposeront mercredi une motion de censure pour tenter de renverser le gouvernement Borne, privé de majorité absolue.

La droite déplore l'absence de vote mais ne veut pas d'une censure

Ils n'ont que peu d'espoir de voir leur initiative aboutir toutefois. Celle-ci risque en effet de ne pas faire le plein dans l'Hémicycle. Tandis que les partenaires socialistes des Insoumis au sein de la Nupes réservent encore leur vote, la droite a déjà choisi sa ligne. "Pas question" de se joindre à la motion de censure insoumise a ainsi tranché Nadine Morano des Républicains auprès de BFMTV ce lundi soir. La députée européenne s'est tout de même fait l'interprète de ses collègues nationaux du Palais-Bourbon, au moment de commenter le renoncement de l'exécutif à tenir un vote de confiance.

"On a un gouvernement qui par définition va être précaire car la Première ministre n'est pas en position de demander la confiance après sa déclaration de politique générale car elle sait qu'elle ne l'obtiendrait pas", a-t-elle jugé, ajoutant plus tard qu'"un gouvernement" "n'ayant pas la confiance du Parlement ferait "long feu".

Dans la matinée, Olivier Marleix, récemment désigné président du groupe de LR à l'Assemblée nationale, s'était montré plus compréhensif à l'égard du gouvernement... ou plus accablant. "La Première ministre ne peut pas demander la confiance des députés. On sait que le gouvernement ne peut pas disposer de cette confiance. Poser cette question, ce serait suicidaire et faire perdre du temps au français", a-t-il estimé sur le plateau des 4 Vérités de France 2. "On a mieux à faire", a-t-il conclu.

Le RN fustige le remaniement

Le Rassemblement national, lui, souhaitait aussi un vote de confiance. Pour autant, ses cadres se sont surtout indignés de la tournure du remaniement. "Ceux qui ont échoué sont tous reconduits. Le Président de la République ignore ainsi une nouvelle fois le verdict des urnes et la volonté des Français d’une autre politique", a regretté Marine Le Pen.

Celui qui l'a remplacé à la tête du RN, Jordan Bardella, a tweeté pour sa part: "On continue, on prend les exactement les mêmes et on recommence. Mais pour aller où ?"

Laurent Jacobelli, porte-parole de la formation d'extrême droite et député élu en Moselle a lui aussi considéré que le sommet de l'Etat se trompait de route. "Emmanuel Macron n'a pas compris qu'on ne voulait plus de Jupiter, que les Français ne voulaient plus lui accorder les pleins pouvoirs. Il les a repris un peu de force en oubliant le message des Français", a-t-il assuré auprès de France Inter.

Article original publié sur BFMTV.com

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