À quoi vont ressembler les premiers jours de Joe Biden à la Maison Blanche?

Hugo Septier
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Joe Biden, le 15 janvier 2021 à Wilmington, Delaware - JIM WATSON © 2019 AFP
Joe Biden, le 15 janvier 2021 à Wilmington, Delaware - JIM WATSON © 2019 AFP

50 ans qu'il attendait ce moment. Mercredi 20 janvier, à Washington, Joseph Robinette Biden Jr. deviendra le 46e président des Etats-Unis au cours d'une cérémonie investiture sous haute protection à la suite des événements du Capitole, et à laquelle Donald Trump ne participera pas. Cette prise de pouvoir, au-delà de clore la page chaotique de l'administration précédente, est l'avènement d'une riche carrière politique pour celui qui fut, entre autres mandats, sénateur du Delaware pendant près de 40 ans et vice-président de Barack Obama durant ses huit années au pouvoir.

Dans son programme électoral et au cours de la dernière campagne présidentielle, Joe Biden avait mis en avant sa volonté de rompre avec les quatre années de Donald Trump. Le leitmotiv de son programme: Build back better, "reconstruire mieux". Un projet qui doit débuter dès ses premiers jours à la Maison Blanche, qui seront rythmés pas de nombreuses urgences sanitaires et économiques.

Ces dernières heures, son futur chef de cabinet, Ron Klain, a annoncé que le futur président voulait "agir" rapidement et qu'une série de décrets sera signée dès son arrivée au pouvoir, afin d'éviter d'en passer par le Congrès.

· Priorité au Covid-19

Très logiquement, c'est dans la lutte contre le coronavirus que Joe Biden va concentrer ses premières forces. Pour l'heure, les Etats-Unis sont le pays le plus touché au monde avec près de 24 millions de cas recensés depuis le début de la pandémie pour plus de 397.000 morts. Des chiffres qui ont bondi ces derniers mois et qui doivent être la priorité du nouveau président, souligne Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) contactée par BFMTV.com.

"Très clairement, il n’a pas le choix. On pensait avoir vu le pire avec les Etats-Unis mais il est vraiment temps d’agir. En novembre dernier, nous avions 792 morts pour un million de personnes, en décembre 929 et en janvier 929, cela fait 20% de plus en deux mois. Pour les cas, il y avait 35.000 pour un million en novembre, 51.000 en décembre et 72.000 en janvier, l’épidémie n’a jamais ralenti et n’est pas sous contrôle", détaille-t-elle.

Lors des différents débats qui l'avaient opposé à Donald Trump lors de la campagne présidentielle, Joe Biden avait longuement fustigé l'action du président américain face à la propagation de la maladie. "Quelqu'un qui est responsable d'autant de morts ne devrait pas pouvoir rester président des Etats-Unis d'Amérique", avait pointé le Démocrate, soulignant une absence de plan clair contre le coronavirus.

Afin de ne pas reproduire ces mêmes erreurs, Yannick Mireur, politologue et spécialiste des Etats-Unis également contacté par BFMTV.com, souligne qu'une action coordonnée est à ce stade nécessaire.

"Il faudra un effort fédéral pour coordonner les actions contre le Covid-19 et la priorité sera de remplir les blancs laissés par Donald Trump. Il faudra accentuer les dépistages, les tests, venir en aide aux Etats, favoriser la prévention et la vaccination. Biden a nommé un coordinateur en chef, cela n’existait pas jusque-là. Il va avoir une équipe à la Maison Blanche, une task force qui doit déjà être au travail, il faut maintenant anticiper", souligne-t-il.

Dès début novembre, Joe Biden, alors fraîchement élu et dans l'incertitude des futures actions de Donald Trump, avait déjà mis en place une task force qui devrait être opérationnelle dès mercredi. En outre, la semaine dernière, il a présenté un plan détaillé de vaccination. "Nous allons gérer cette opération comme jamais", a-t-il promis, rejetant l'idée d'un confinement national.

· Sortir les Etats-Unis de la crise économique

Autre volet majeur des premières semaines de Joe Biden au pouvoir, et qui est lié à la crise sanitaire: l'économie et la politique intérieure. Vendredi dernier, le futur homme fort de la Maison Blanche a dévoilé un plan d'urgence de 1900 milliards de dollars afin de sortir les Etats-Unis de leur pire crise depuis les années 30. Il sera suivi d'un plan d'investissements pour relancer l'économie et visant à aider les ménages, les petites entreprises et les minorités visibles qui sont parmi les plus touchées par la pandémie.

"Joe Biden a annoncé un plan d’urgence, pas de relance, la reprise économique n’est prévue que pour septembre prochain", reprend Sylvie Matelly. "Il va avoir une logique de stabilisation intérieure. Pour le moment, on donne de l’argent pour que l’économie ne s’effondre pas et que la consommation tienne. Je n’ai pas l’impression qu’on puisse se projeter, l’économie ne doit pas craquer et on panse les plaies", martèle-t-elle.

Signe de la gravité de la situation économique outre-Atlantique, ce plan vient s'additionner à celui décidé par Donald Trump plus tôt en 2020.

"En 2008, Barack Obama avait présenté un plan de 700 millions de dollars. Là, on n’est pas encore dans la relance et en mars dernier, Donald Trump avait déjà annoncé un plan de 2300 milliards. En rajoutant à cela les 1900 milliards de Biden, cela fait 4200 milliards, soit 22% du PIB du pays rien que pour l’urgence", souligne encore Sylvie Matelly.

En outre, le plan doit également permettre aux Etats-Unis de retrouver une place importante à l'échelle mondiale.

"Il faut un stimulus, cela a été fait avec le plan de relance annoncé. Il faut maintenant voir comment il se décline. Il y a le sujet des infrastructures, comment assurer une compétitivité tout en permettant une évolution vers un avenir écologique, en favorisant l’emploi et la formation. Ce plan d’investissement sera un test important qui conditionnera le succès du mandat de Joe Biden. Il aura sûrement le soutien de sénateurs dans ce qui était aussi l’un des axes de Donald Trump lors de son mandat", confirme Yannick Mireur.

· Accord de Paris et Iran en ligne de mire

"Je serai un allié de la lumière, pas des ténèbres." Lors de son intronisation comme candidat démocrate pour l'élection présidentielle, Joe Biden avait de nouveau montré sa volonté de rompre de manière brutale avec la politique menée par Donald Trump depuis quatre ans.

Cette volonté est d'ailleurs marquée au niveau international puisque dès le 3 novembre dernier, alors que les résultats de l'élection n'étaient pas encore officiels, Joe Biden avait annoncé le retour des Etats-Unis dans l'Accord de Paris, quitté avec perte et fracas par Donald Trump.

"Il devrait s’intéresser au changement climatique et rejoindre l'accord de Paris. Ses premières actions devraient être multilatérales, peut-être en gelant des accords de Trump. Il n’a pas besoin de crise extérieure, ils vont prendre le temps et éviter les crises. On pourrait voir des premières décisions internationales à l’automne prochain", explique Sylvie Matelly.

Parmi ces mesures prises par Trump et qui devraient être suspendues, le Muslim ban, un décret anti-immigration qui empêchait les citoyens de plusieurs pays de voyager aux Etats-Unis, et dont l'annulation figure dans les décrets signés dernièrement par le nouveau président.

Selon Yannick Mireur, Joe Biden aura fort à faire à l'échelle internationale, et sa stratégie devrait se diviser en plusieurs volets. "Cela va commencer avec la Chine. Biden va vouloir resserrer les liens avec ses alliés australiens, coréens et japonais afin de se coordonner contre la Chine et d’avoir accès aux marchés", estime-t-il.

Puis, ses actions devraient également se tourner vers l'Europe.

"En Europe, Biden va vouloir resserrer les liens de l’Alliance transatlantique afin de faire front uni conte la concurrence de la Chine, et aussi mettre en place une nouvelle coordination climatique. Il faudra voir ce qui sera fait au niveau des accords de Paris et de la transition climatique", ajoute-t-il.

Enfin, en ce qui concerne le Moyen-Orient, le politologue estime que l'idée de Joe Biden sera de retrouver le chemin de la paix avec plusieurs pays.

"Il voudra reprendre le chemin d’Obama avec l’Iran. Il y a eu un point positif de l’action de Trump, cela a été la contribution à un rapprochement israelo-golfique", conclut-il.

Article original publié sur BFMTV.com