Une voix militaire dissonante au procès du bombardement du camp français de Bouaké

·2 min de lecture

Ces derniers jours au procès, les survivants de l’attaque ont tous estimé avoir été visés délibérément, par des pilotes qui ne pouvaient ignorer qu’ils tiraient sur les forces françaises. Le colonel à la retraite Luc Perron de Revel, qui avait enseigné à l’école des officiers de Bouaké en 97-99 et commandait le 43e BIMA à Abidjan depuis 18 mois au moment du raid, a lui privilégié la thèse d’une « erreur de tir ».

Avec notre envoyée spéciale au palais de justice, Laura Martel

« J’ai toujours pensé que c’était un accident », « je suis conscient que mon avis a toujours été très minoritaire sur ce plan-là », concède le colonel retraité. « Je n’étais pas sur place, c’est un raisonnement » reconnait-il encore, tout en avançant deux arguments : que l’erreur de tir est « envisageable » puisque le camp « se trouvait à quelques 1 200 m » d’une position rebelle déjà visée ; et que malgré la crise, une action « aussi grossière et massive » et stratégiquement contreproductive du pouvoir ivoirien contre la France lui parait « aberrante ».

Luc Perron de Revel se distingue aussi par ses critiques de la réaction française. À commencer par la destruction des avions Soukhoï, pourtant en train d’être réarmés. « Je pense qu’une action diplomatique extrêmement forte aurait permis d’empêcher tout risque sur les forces françaises, et ne pas détruire aurait permis de saisir pièces à conviction et pilotes, et nous ne serions pas ici aujourd’hui ». Il ajoute : « l’ordre a été donné sans envisager une minute les conséquences. Les mesures n’ont pas été prises pour protéger les ressortissants, je crois que ça a été une erreur. »

Et des erreurs, il en voit d’autres ensuite, comme « la destruction des hélicoptères dans l’enceinte du palais de Yamoussoukro, qui a relancé de façon extraordinaire les Patriotes » ou « se mettre en place autour de l’hôtel Ivoire, qui était une impasse et n’avait pas d’importance stratégique militaire » dit-il.

De manière générale, l’erreur a été selon lui « de ne rien faire en relation avec les diplomates » : « les militaires ont pris la main alors qu’il y avait certainement une autre manière de traiter ce que je considère comme un accident », conclut-il.

► Retrouvez l'intégralité de notre enquête sur l'affaire du bombardement de Bouaké