Voile - Vendée Globe - Un skipper sans argent prête son bateau à un skipper sans bateau pour le Vendée Globe

L'Equipe.fr

A neuf mois du Vendée Globe, ils ne sont plus que trente-cinq à revendiquer les trente-quatre places du Tour du monde en solitaire. La course à l'argent fait son tri. Erik Nigon et Clément Giraud viennent de passer un accord original pour préserver leurs espoirs. « Les banques prêtent plus facilement de l'agent pour une maison que pour un bateau. » Il lui manquait encore 1,5 million d'euros. Denis Van Weynbergh, qui s'imaginait être le premier Belge à terminer le Vendée Globe (départ le 9 novembre), et qui avait vendu sa société de courrier express pour se tourner pleinement vers l'horizon maritime, a dû renoncer. « Tout était réuni, se désole-t-il, le monde économique en a décidé autrement. » Ils ne sont donc plus que 35 à postuler pour les 34 places, le port des Sables, déjà creusé pour l'occasion, ne pouvant accueillir un nombre infini de quilles si profondes. A priori, la sélection naturelle, celle décrétée par l'économie, devrait encore élaguer quelques mâts. Antoine Mermod, président de la classe IMOCA « Certains projets sont fragiles « Certains projets sont fragiles » consent Antoine Mermod, le président de la classe IMOCA qui gère la flotte. Le Néo-Zélandais Conrad Colman, l'Espagnol Didac Costa ou l'Anglaise Pip Hare, voguent encore sur des équilibres aléatoires. La coque du vénérable et vénéré Jean Le Cam est toujours blanche de sponsors. Erik Nigon et Clément Giraud, qui ne sont pas plus sûrs d'assouvir leur désir, viennent d'inventer une belle idée, une histoire de bonne intelligence ou « de convergence d'intérêt », ponctue Erik Nigon. Clément Giraud n'a plus de bateau depuis que son valeureux monocoque a pris feu dans le port du Havre, en novembre, juste avant de prendre l'eau pour la Transat Jacques Vabre. Le sponsor, Fortil, s'est barré, préférant ne pas jouer la fibre résilience. Les réparations seraient supérieures à la valeur du bateau.
Erik Nigon est lui proprio d'un bateau qui flotte, un sister-ship (un fait pareil) de celui qui a brûlé. Il n'est pas assez à l'aise en temps et en argent pour s'engager dans toutes les courses. Et justement, il y a deux courses en solo, sportivement qualificatives, qui se présentent au calendrier. La Transat, dite anglaise, entre Brest et Charlestone (départ 10 mai), puis une nouvelle traversée, New-York - les Sables (départ le 16 juin). Le bateau fera les deux, Giraud fera la première, Nigon la seconde. « A moi l'aller, à lui le retour » résume Giraud. Ces deux-là incarnent ce qui reste d'amateurisme très éclairé par tous les phares du monde. Ils prétendent partir au bout du monde et en revenir avec bien moins d'un million, quand devant la victoire s'achètera, et même pas à coup sûr, à plus de quinze millions. Giraud a longtemps vu la mer depuis sa caravane sur le port de Toulon avec des posters de fiers marins sur les parois. Nigon lui bosse, on oserait dire vraiment, à Paris, sans même vue sur la Seine. « Je dois être le seul dans ce cas. » Il est même dans du taf très sérieux chez Axa. Il a été directeur de la transformation numérique. Il est quinqua, il a discrètement fréquenté la course, en Figaro ou en multicoques de 50 pieds, souvent coque vierge de pub, toujours avec le ruban rouge de la lutte contre le sida. « Le Vendée n'était pas un rêve, explique-t-il, en 2016, sur la transat anglaise, j'en ai bavé pendant quinze jours, je suis monté au mât, je n'ai pas arrêté de bricoler et j'ai fini par me dire, si tu es capable de faire ça là, tu peux le refaire dans les mers du Sud. C'est comme une attirance. » Il a donc investi, avec un prêt sur 8 ans, dans un 60 pieds d'occasion, daté de 2006, ce qui n'est pas tout jeune. Il travaille toujours, détaché chez Aides, comme quoi il est homme de convergences, où il est chargé du numérique. « Avant je pouvais financer par moi-même, maintenant ce n'est plus la même histoire. » Le voile de quille n'est plus réglementaire, les voiles sont à changer. Budget supplémentaire : 400 000 euros. « J'ai encore deux mois pour trouver. » C'est pas très cher. Il a sa méthode : Linkedin, le réseau social des entrepreneurs. « J'ai deux ou trois pistes, va falloir un peu de chance. » En attendant les sous, il a donc prêté son actif à Clément Giraud. « Un bateau il vaut mieux que ça navigue, reprend-il, moi je suis à Paris, lui va le préparer à la Rochelle, c'est gagnant pour tout le monde. » Clément Giraud le méditerranéen s'est donc déporté au bord de l'Atlantique et au port de l'espoir : « je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais l'aventure continue. » Si un seul trouve le budget, l'évidence s'imposera, le bateau partira. S'ils réussissent tous les deux... Officiellement, il faut se qualifier en course avec celui qui prétendra vous porter sur les mers. Ce serait réglementairement trop tard. Mais si au moins un autre a renoncé à ses rêves, le port aura de la place. Giraud sait compter et conter. L'organisateur a droit à quatre jokers. Et Denis Van Weynbergh a un bateau à louer. Beyou : « Le skipper au milieu du projet »