Voile : drames et légendes de la Route du Rhum

Voile : drames et légendes de la Route du Rhum

Qui va inscrire son nom au palmarès de la plus célèbre des courses transatlantiques ? Réponse mi-novembre à l'arrivée de la douzième édition de la Route du Rhum qui s'est élancée ce mercredi de Saint-Malo. Une épreuve dont la légende a été forgée par les exploits et les drames.

1978 : 98 secondes pour l'éternité

A la fin des années 70, pour relancer les ventes d'un alcool produit dans les Caraïbes, naît l'idée d'une course reliant Saint-Malo, dans le nord de la Bretagne, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Première édition de la Route du Rhum et premier drame avec la disparition en mer d'Alain Colas à bord du trimaran Manureva, l'ex-Pen Duick IV racheté à Eric Tabarly. Cette tragédie inspirera Serge Gainsbourg qui écrira la chanson Manureva pour Alain Chamfort... Après plus de 3 semaines et 3 500 milles, le dénouement de la course entre aussitôt dans l'histoire de voile avec le petit trimaran Olympus Photo du Canadien Mike Birch (décédé le mois dernier) qui dépasse le grand monocoque de Michel Malinovsky sur Kriter V le long des côtes guadeloupéennes pour s'imposer avec une infime marge de 98 secondes !

1982 : le rendez-vous des grands noms de la voile

La plateau réuni dans la cité corsaire pour la deuxième édition de cette course en solitaire sans escale est royal avec Eric Tabarly, Olivier de Kersauson, Philippe Poupon, Eugène Rigiduel, les frères Loïck et Bruno Peyron, etc. Malgré une avarie sur Elf-Aquitaine, Marc Pajot l'emporte en un peu plus de 18 jours, tandis que Bruno Peyron et Mike Birch complètent le podium.

1986 : nouveau drame dans l'Atlantique

Quatre ans plus tard, quasiment les mêmes acteurs sont au départ, mais le scénario diffère avec Loïc Caradec qui chavire avec Royale II, son maxi-trimaran de 22,60 mètres. Florence Arthaud entend son appel de détresse et se détourne pour lui porter secours, en vain... Philippe Poupon bat largement le record du parcours en mettant moins de 15 jours pour triompher à bord de son trimaran à foils Fleury-Michon VIII. Bruno Peyron termine une nouvelle fois à la deuxième place.

1990 : la petite fiancée de l'Atlantique

En 1990, Florence Arthaud fait voler en éclats les préjugés dans un milieu réputé machiste. Celle qu'on surnomme "la petite fiancée de l'Atlantique" s'impose sur son Pierre 1er quelques mois après avoir battu le record de la traversée de l'Atlantique nord. Philippe Poupon et Laurent Bourgnon l'accompagnent sur un podium qui a fière allure. Florence Arthaud est morte en 2015 dans un accident d'hélicoptère lors du tournage d'une émission télévisée.

1994 et 1998 : le doublé de Laurent Bourgnon

On peut naître dans le Jura suisse et briller sur toutes les mers du globe. La preuve avec Laurent Bourgnon qui remporte les plus grandes courses au large comme la Transat Jacques-Vabre et Québec-Saint-Malo. Et qui signe surtout un doublé inédit chez les multicoques (et jamais reproduit depuis) dans la Route du Rhum, à chaque fois à la barre de Primagaz. Au passage, il abaisse à chaque fois le record du parcours pour le porter à 12 jours, 8 heures et 41 minutes. Laurent Bourgnon disparaît en mer en 2015 au cours d'une plongée en Polynésie française.

2002 : tempête et hécatombe

L'édition 2002 est marquée par les conditions météo dantesques rencontrées par les navigateurs dès le départ de la course. Résultat : seulement 3 des 18 multicoques de 60 pieds engagés rallient l'arrivée avec à leur tête Michel Desjoyeaux, qui "profite" des déboires de Steve Ravussin, qui avait course gagnée avant de chavirer à un plus de 1 300 kilomètres de la Guadeloupe... Le "Professeur" possède l'un des plus beaux palmarès du milieu avec, outre cette Route du Rhum, deux succès dans le Vendée Globe et trois victoires dans la Solitaire du Figaro. Il vient par ailleurs de co-écrire avec Eric Cintas le livre "La Route du Rhum" aux éditions Marabout. Dans la catégorie des monocoques, la victoire revient à la Britannique Ellen McArthur.

2006 : les Formule 1 des mers

Tout s'accélère en 2006 avec des bateaux de plus en plus performants et des concurrents de mieux en mieux préparés. Il faut moins de 8 jours (soit 4 de moins que l'ancien record !) à Lionel Lemonchois pour triompher avec Gitana XI devant Pascal Bidégorry et Thomas Coville. Beau suspense chez les monocoques avec seulement 28 minutes d'écart à l'arrivée en faveur de Roland Jourdain aux dépens de Jean Le Cam.

2010 : les géants sont de retour

Finie la limitation des trimarans à 60 pieds entrée en vigueur 20 ans plus tôt, et place à la démesure et aux Ultim, ces bateaux sans jauge imposée qui s'élancent de la Pointe du Grouin avant de franchir une bouée placée au Cap Fréhel. Et c'est à la barre de Groupama III, et de ses 31,50 mètres, que Franck Cammas l'emporte à Pointe-à-Pitre. Chez les monocoques, Roland Jourdain récidive et signe une nouvelle victoire.

2014 : la belle histoire de Loïck Peyron

Loïck Peyron ne devait pas participer à cette Route du Rhum, mais il en prend finalement le départ à cause de la blessure à la main contractée par Armel Le Cléac'h. Malgré une préparation tronquée et un bateau - Banque Pouplaire VII - qui n'est pas le sien, le Baulois triomphe enfin à sa septième participation à La Route du Rhum. En monocoques, victoire et record pour François Gabart, un garçon dont on reparlera bientôt...

2018 : arrivée au sprint entre Joyon et Gabart

40 ans après la première édition et les 98 secondes entre Birch et Malinovsky, la Route du Rhum nous réserve un nouveau finish haletant. D'un côté, Francis Joyon, un vieux loup de mer sur un bateau plus tout jeune, et de l'autre, François Gabart, à qui rien ne semble résister avec son trimaran ultra-moderne. A Pointe-à-Pitre, la victoire revient finalement à Joyon sur Idec Sport pour 7 minutes et 8 secondes !