Voile, Notre-Dame, réunions en non-mixité: pourquoi l'Unef est-elle contestée?

Hugo Septier
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L'Unef et l'Unl seront bien représentées ce mercredi comme ici lors de la réforme des retraites - Bertrand Guay - AFP
L'Unef et l'Unl seront bien représentées ce mercredi comme ici lors de la réforme des retraites - Bertrand Guay - AFP

L'Unef est dans l'oeil du cyclone. Depuis maintenant plusieurs semaines, l'Union nationale des étudiants de France, le principal syndicat étudiant, est touché par plusieurs polémiques qui ont causé du remous autour de cette organisation qui se réclame à la tête de 30.000 adhérents, selon son site officiel.

Dernière affaire en date, des groupes de parole en non-mixité, dans lesquels les personnes de couleur blanche n'étaient pas acceptées, qui auraient été organisées par l'Unef et qui ont provoqué une levée de boucliers au sein de la classe politique, certains demandant même la dissolution du syndicat. Ce mercredi, la ministre de l'Enseignement Supérieur Frédérique Vidal a demandé à l'organisation une clarification de "ses positions et valeurs". "Ces réunions sont inacceptables et je les condamne", a-t-elle déclaré devant le Sénat.

D'anciennes agressions sexuelles dénoncées

Le point de départ de cette période tourmentée pour l'Unef remonte en réalité à février 2018, date à laquelle le quotidien Libération révélait que 16 militantes du syndicat étudiantes affirment avoir été victimes de harcèlement, agressions sexuelles et viols commis entre 2007 et 2015. Des témoignages qui rejoignaient ceux de 83 anciennes militantes qui, quelques mois plus tôt, avaient signé une tribune dans Le Monde afin de dénoncer des violences sexistes au sein de l'organisation.

D'après Libération, un étudiant entré dans l'organisation "au milieu des années 2000" aurait par ailleurs commis un viol à l'été 2015 sur une jeune militante qui a déposé une main courante le 17 mars 2016 à Paris. Plus généralement, l'article de Libération décrivait une organisation où les jeunes militantes étaient la cible de pressions insistantes, notamment sous la présidence de Jean-Baptiste Prévost (2007-2011) marquée, selon le quotidien, "par une multitude de dérives".

Au moment des faits, la présidente de l'Unef d'alors, Lilâ Le Bas, avait voulu marquer une rupture avec cette période et s'était félicitée que "l'omerta se lève" et assurait "apporter tout (son) soutien aux femmes qui dénoncent les violences qu'elles ont subies au sein de l'organisation."

La polémique autour de Notre-Dame

Quelques mois plus tard, l'Unef se retrouvait une nouvelle fois dans le viseur des critiques. Alors que les Français étaient encore marqués par l'incendie qui a en très grande partie détruit Notre-Dame de Paris, la vice-présidente de l'Unef Lille, Hafsa Askar, s'était moquée de l'émotion ressentie par de nombreuses personnes à la suite du sinistre.

"Je m’en fiche de Notre-Dame car je m’en fiche de l’histoire de France", avait-elle écrit sur Twitter, peu après que l'incendie s'était déclaré. "On s’en balek [on s’en fout, NDLR] objectivement c’est votre délire de petits blancs".

Un autre membre de l'Unef, Édouard Le Bert, qui se présentait comme membre du bureau national du syndicat, avait renchéri en publiant à son tour un message moqueur: "Ça y est drame national, une charpente de cathédrale brûle".

Quelques heures plus tard, la présidente de l'Unef, Mélanie Luce, avait réagi sur le réseau social. Sans condamner les propos des deux membres, elle avait affirmé que rien ne justifiait de harceler "les personnes qui ne sont pas d’accord". Cette réponse avait provoqué une nouvelle salve de réactions chez les internautes. Elle avait ensuite expliqué ne pas avoir été "assez claire" dans ses propos et déploré clairement des positions "qui ne sont pas celles de l'Unef."

Le voile de Maryam Pougetoux

En 2020, l'Unef faisait de nouveau couler beaucoup d'encre. Lors d'une séance de commission d'enquête à l'Assemblée nationale dédiée aux effets de la crise du Covid-19 sur les plus jeunes, plusieurs députés avaient quitté la salle pour protester contre la présence de Maryam Pougetoux, vice-présidente de l'Unef, qui portait alors le voile.

Ce sont des élus Les Républicains qui avaient sonné la charge en premier, par la voix de Pierre-Henri Dumont. Dans son rappel au règlement, l'élu du Pas-de-Calais avait reproché à l'Unef d'avoir "fait le choix d'enfreindre le principe même de laïcité auquel doit s'astreindre notre Assemblée".

"Je regrette que le 'buzz' ait pris le pas sur le travail de fond et j'espère que cet incident aura au moins le mérite de mettre en lumière le travail de cette commission d'enquête", avait de son côté assuré auprès de BFMTV Sandrine Mörch, la présidente LaREM de cette commission parlementaire.

L'IEP de Grenoble

L'actualité récente a de nouveau été marquée par l'Unef. Début mars, une branche locale de l'organisation diffusait sur Twitter plusieurs photographies d'affiches anonymes accusant deux enseignants de l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble d'islamophobie. À la suite du signalement de la direction, une enquête pour "injure publique" et "dégradation" a été ouverte par le parquet de Grenoble.

L'Unef avait immédiatement reconnu une initiative "maladroite et dangereuse" dans un communiqué, réaffirmant "son opposition à toute haine, à tout lynchage public et son attachement à la liberté d'expression".

A l'antenne de BFMTV, Mélanie Luce, la présidente de l'Unef, avait esquissé un mea culpa tout en rappelant dans un premier temps que le syndicat n'était pas à l'origine de cet affichage sur les murs de l'établissement grenoblois, organisé après un cours sur l'islam tenu le 27 février. "La section locale dit qu’elle s’en est rendue compte, et a retiré parce que en aucun cas il n'y a pas volonté de mettre en danger sciemment", expliquait-elle.

Cependant, dans ce dossier complexe, Mélanie Luce indiquait aussi que plusieurs éléments manquaient, dont "l’exclusion de plusieurs étudiants, exclus par un des enseignants au motif qu’ils avaient des idées divergentes". "Ils ont reproché des propos à l’enseignant, ils ont été exclu de cours", affirmait-elle.

Classe politique divisée

Le 19 mars, alors que l'Unef était déjà empêtrée dans la polémique des réunions tenues en non-mixité, et avant la réaction de Frédérique Vidal, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a en personne souligné vouloir rendre illégales ces réunions. "La République française repose sur des principes intangibles. On ne distingue pas les gens en fonction de leur couleur de peau, c'est une absurdité", a-t-il dit à notre antenne.

À gauche également, cette révélation a provoqué l'indignation de plusieurs personnalités politiques dont le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, qui a souligné une "dérive" de l'Unef, tout en dénonçant une "instrumentalisation" de l'histoire par le gouvernement.

Comme le révèle Europe 1 ce mercredi, le syndicat est au coeur d'une note ministérielle confidentielle. Cette dernière évoque un syndicat "qui ne correspond pas toujours aux valeurs républicaines qu’il dit défendre" et décrit une union en perte de vitesse depuis quelques années. L'Unef "s’est éloignée de la contestation des réformes gouvernementales pour embrasser des sujets sociétaux […] tels que la lutte contre les discriminations", est-il souligné.

Pour autant, plusieurs personnalités politiques ont pris position en faveur de l'Unef ces derniers jours, au-delà des polémiques. Ainsi, 250 anciens présidents du syndicat, dont Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon,ont condamné dans une tribune publiée lundi passé "l'outrance injurieuse des termes employés" par le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer à l'encontre du syndicat étudiant et se sont dits "opposés à toute volonté de dissolution."

"Nous ne pouvons tolérer les propos d'un ministre qui banalisent le fascisme et participent ainsi à la confusion idéologique ambiante", écrivent les signataires du texte publié sur le site du Monde, en assurant que "l'idéal émancipateur, républicain, laïque, antiraciste et féministe a toujours été (leur) boussole."

Article original publié sur BFMTV.com