Vladimir Poutine, un nouveau départ pour mieux rester ?

Antoine LAMBROSCHINI
Le président russe Vladimir Poutine, le 16 janvier 2020 à Novo-Ogaryovo, près de Moscou

Moscou (AFP) - Nouveau gouvernement, réforme constitutionnelle. Au lendemain de ses annonces inattendues, c'est l'unanimité: le président russe prépare son avenir, le système qu'il pilote donnant des signes d'érosion, et les élections approchant.

Politologues, opposants, éditorialistes jugent que Vladimir Poutine, 67 ans, a véritablement lancé une "transition du pouvoir". En l'état actuel du droit il ne peut rester au Kremlin au-delà de 2024, quand s'achève son mandat.

- Quel futur pour Poutine ?

Vladimir Poutine s'est dit décidé à revoir le super-présidentialisme russe, promettant de réduire les prérogatives du chef de l'Etat et d'augmenter celles du Parlement qui nommera le Premier ministre. Selon des experts, il restreint la fonction présidentielle pour signifier son départ définitif du Kremlin et se préparer à un nouveau rôle.

"Je pense que Poutine restera la principale figure en Russie, comme il l'est depuis 20 ans", note l'experte russe Maria Lipman.

Certains l'imaginent en arbitre suprême, au-dessus de la mêlée politique avec un poste sur-mesure, comme l'a fait Noursoultan Nazarbaïev au Kazakhstan en devenant en 2019 une sorte de père de la Nation, laissant la présidence à un fidèle obéissant.

Poutine pourrait par exemple garder la tête du Conseil d'Etat, un organe politique renforcé par sa réforme constitutionnelle, et celle du puissant Conseil de sécurité. Ou alors tout à fait autre chose.

"Nous voyons certaines pièces du puzzle, il y en que nous ne voyons pas, et d'autres encore que nous ne verrons jamais. Mais il y a un plan, et il est dans la tête du seul Poutine", relève Mme Lipman.


- Pourquoi maintenant ? -

Malgré une popularité aux alentours de 70%, M. Poutine comprend que l'érosion guette sa verticale du pouvoir, vieille de 20 ans. Une "demande de changement a clairement émergé au sein de la société", a-t-il reconnu mercredi, dans son discours devant l'élite politique russe.

Dans la foulée, il annonce sa réforme inédite de la Constitution et son fidèle Premier ministre, Dmitri Medvedev, démissionne.

Illustration de l'existence d'une grogne, Moscou fut pendant l'été 2019 le théâtre, malgré une vive répression policière, du plus grand mouvement de contestation russe depuis le retour de Poutine en 2012 au Kremlin, qu'il avait quitté pour être Premier ministre, touché par la limite du nombre des mandats présidentiels. A l'époque déjà, l'opposition avait mobilisé des foules.

En septembre 2019, le parti pro-présidentiel, Russie unie, était si impopulaire que les candidats du pouvoir ne se sont pas présentés sous cette étiquette lors des élections locales à Moscou. Et ils ont essuyé un camouflet.

Or 2021 est une année électorale, avec des législatives. Et Russie unie ne récolte l'approbation que de 33% des Russes dans les sondages, loin des 54% obtenus aux élections de 2016.

- Quel rôle pour le Premier ministre ? -

Du fait d'une économie anémique, d'un niveau de vie en baisse, le fidèle Premier ministre Dmitri Medvedev, en poste depuis huit ans, voyait sa popularité stagner entre 30 et 38%.

La nomination d'un nouveau chef de gouvernement signifie donc un nouveau départ. Et Mikhaïl Michoustine, patron du Service fédéral des impôts, est certes un inconnu mais pas un nouveau venu.

A 53 ans, il est considéré comme un haut-fonctionnaire particulièrement efficient, chantre de la numérisation. Il a transformé le fisc, bureaucratie sclérosée et corrompue, en organe efficace et redouté.

Avec ce profil plus technocratique que politique, il n'apparaît pas comme successeur potentiel.

"Son élévation au rang de Premier ministre vise à avoir une direction du cabinet fondée sur les compétences, concentrée sur l'agenda domestique", relève sur Twitter Dmitri Trenine, directeur du centre Carnegie de Moscou.

Car selon une enquête de l'institut Vtsiom, 52% des Russes pensent que d'un point de vue économique, "le pire reste à venir".

Dans son discours mercredi, Vladimir Poutine a fixé des objectifs complexes: enrichir les Russes, enrayer la crise démographique, moderniser le pays. Le tout avant 2024.

"Michoustine doit mettre en oeuvre le programme de Poutine, des projets à hauteur de 26 trillions de roubles (379 milliards d'euros). Avant 2024. Or la lenteur de la mise en oeuvre, et la faible croissance économique étaient au coeur des critiques visant Medvedev", relève le quotidien Vedomosti.