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Guerre Israël-Hamas: inquiétude pour les civils à Gaza, décision attendue à la CIJ

Un homme blessé attend d'être soigné à l'hôpital al-Chifa dans la bande de Gaza le 25 janvier 2024 (-)
Un homme blessé attend d'être soigné à l'hôpital al-Chifa dans la bande de Gaza le 25 janvier 2024 (-)

L'inquiétude grandit vendredi sur le sort des civils piégés par les combats entre l'armée israélienne et le Hamas à Gaza, avant une décision attendue de la plus haute juridiction de l'ONU sur des mesures urgentes réclamées par l'Afrique du Sud qui accuse Israël de génocide.

La Cour internationale de justice (CIJ) pourrait ordonner à Israël d'arrêter son offensive dans le territoire palestinien déclenchée le 7 octobre par l'attaque sanglante du mouvement islamiste sur son sol, mais ne dispose d'aucun moyen pour faire appliquer ses décisions.

Dans le sud de la bande de Gaza, des milliers de civils ont fui ces derniers jours la grande ville de Khan Younès, pilonnée sans relâche par Israël et devenue l'épicentre de la guerre.

A Rafah, quelques kilomètres plus au sud, des dizaines de milliers de déplacés s'entassent dans des conditions désespérées, massés dans un périmètre très réduit contre la frontière fermée avec l'Egypte, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Beaucoup craignent à présent que les soldats israéliens ne poursuivent leur offensive jusque dans cette ville.

- "Marée humaine" -

"Une marée humaine est forcée de fuir Khan Younès pour se retrouver à la frontière avec l'Égypte", a affirmé dans la nuit le commissaire général de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini, évoquant "une recherche sans fin de sécurité" pour la population de Gaza, piégée par la guerre dans le petit territoire assiégé par Israël.

Selon le ministère de la Santé du Hamas, 183 personnes ont été tuées ces dernières 24 heures à travers la bande de Gaza, tandis que des combats intenses sont toujours menés à proximité de l'hôpital Nasser de Khan Younès, l'un des plus importants du territoire.

Jeudi soir, le Hamas avait accusé l'armée israélienne d'avoir tué 20 civils attendant une distribution d'aide humanitaire à la sortie de la ville de Gaza, dans le nord du territoire.

Mercredi, des tirs de chars contre un refuge de l'Unrwa abritant des dizaines de milliers de déplacés ont fait 13 morts à Khan Younès, selon cette agence.

Après les Etats-Unis, la France a "condamné" ces tirs et appelé Israël, sans l'accuser directement, à "se conformer au droit international". L'Allemagne s'est déclaré "extrêmement préoccupée" par la "situation désespérée" des civils à Khan Younès.

"Nous avons essayé de sortir, mais quand j'ai regardé dehors, j'ai vu les chars d'assaut tirer. Comment pouvions-nous sortir ?", a témoigné à l'AFP sur son lit d'hôpital Ahmad Katra, un Palestinien blessé par ces tirs.

"Ils ne nous ont pas donné l'occasion de quitter les lieux. Ils disaient que c'était un endroit sûr, mais en fin de compte, ils nous ont frappés dans un établissement de l'ONU", a-t-il ajouté.

L'armée affirme avoir "encerclé" Khan Younès, la ville natale de Yahya Sinouar, le chef du Hamas dans la bande de Gaza, considéré comme l'architecte de l'attaque du 7 octobre.

Cette attaque a entraîné la mort de plus de 1.140 personnes en Israël, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de chiffres officiels israéliens.

Quelque 250 personnes ont été enlevées lors de l'attaque et emmenées à Gaza, dont une centaine libérées fin novembre durant une trêve en échange de prisonniers palestiniens.

En riposte, Israël a juré "d'anéantir" le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, et lancé une vaste opération militaire qui a fait 26.083 morts, en grande majorité des femmes, enfants et adolescents, selon un nouveau bilan annoncé vendredi par le ministère de la Santé du mouvement islamiste.

Dans le territoire surpeuplé et assiégé, confronté à un désastre humanitaire, environ 1,7 million de personnes, sur un total de 2,4 millions d'habitants, ont du fuir leur foyer.

- Accusations de génocide -

Face à ce lourd bilan humain et à la poursuite des hostilités, l'Afrique du Sud a saisi la CIJ, arguant qu'Israël violait la Convention des Nations unies sur le génocide, signée en 1948 à la suite de la Shoah.

Sans juger sur le fond, la CIJ doit rendre vendredi après-midi sa décision sur des mesures urgentes pour protéger les Palestiniens de Gaza et pourrait ordonner à Israël d'arrêter son offensive. Mais si ses ordonnances sont juridiquement contraignantes, la Cour n'a aucun moyen pour les faire appliquer.

Le Hamas, considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël notamment, s'est engagé jeudi à respecter un cessez-le-feu s'il était réclamé par ce tribunal de La Haye, mais à condition qu'Israël s'y conforme aussi.

Le gouvernement israélien fustige cette procédure judiciaire, mais s'engage dans des discussions pour un nouvel accord de trêve à Gaza qui prévoirait entre autres la libération des otages et de prisonniers palestiniens détenus en Israël.

Selon le quotidien américain Washington Post et le site d'information Axios, le chef de la CIA William Burns va se rendre en Europe pour y rencontrer ses homologues israélien, égyptien et le Premier ministre du Qatar dans l'espoir de négocier un tel accord.

bur-sg/cab