Ukraine: Blinken rassure Kiev sur l'aide militaire, Moscou dit "avancer" dans le nord-est

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken (au fond) arrive en train à Kiev, le 14 mai 2024 (Brendan Smialowski)
Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken (au fond) arrive en train à Kiev, le 14 mai 2024 (Brendan Smialowski)

Le chef de la diplomatie américaine, en visite surprise mardi en Ukraine, a tenté de rassurer Kiev sur l'arrivée de l'aide militaire américaine, au moment où Moscou assure "avancer en profondeur" lors de son offensive dans la région frontalière de Kharkiv.

L'armée russe a assuré mardi avoir pénétré "en profondeur dans les défenses" ukrainiennes et a revendiqué la prise d'un nouveau village dans le nord-est du pays, où elle a lancé une offensive terrestre vendredi, après des semaines de bombardements.

Au même moment, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, arrivé le matin à Kiev pour une visite surprise, a promis lors d'une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, que l'aide était est "en route"

"Une partie est déjà arrivée, plus arrivera" et "cela fera une réelle différence sur le champ de bataille", a-t-il assuré.

Les Etats-Unis, sur fond de disputes intestines entre républicains et démocrates, ont mis des mois à débloquer quelque 61 milliards de dollars d'assistance promise par la Maison Blanche, si bien que l'armée ukrainienne s'est retrouvée à court d'armements au moment où la Russie repassait à l'attaque durant l'automne et l'hiver 2023-2024.

Le président ukrainien a insisté sur la nécessité de recevoir plus de moyens de défense aérienne, réclamant deux batteries de Patriots pour la région de Kharkiv, celle-là même visée par un assaut terrestre russe depuis le 10 mai et qui a subi des bombardements intenses ces dernières semaines, y entraînant notamment un rationnement de l'électricité.

M. Blinken, dont c'est la quatrième visite à Kiev depuis le début de l'invasion russe en février 2022, est arrivé par train de nuit dans la capitale ukrainienne en provenance de Pologne.

Trois semaines après le déblocage de l'assistance américaine, les Etats-Unis ont dégagé quelque 1,4 milliard de dollars en aide militaire à puiser sur leurs stocks, essentiellement des systèmes antiaériens Patriot et NASAMS qui font cruellement défaut à l'Ukraine, ainsi que des munitions pour l'artillerie.

- 'Rassurer les Ukrainiens'-

Mais le flot doit considérablement s'accélérer pour rattraper les mois perdus, d'autant que la Russie a l'initiative sur le champ de bataille, dispose de réserves d'hommes et d'armements et a mis en place une économie de guerre.

"Ce voyage a d'abord pour but d'envoyer un signal fort pour rassurer les Ukrainiens qui se trouvent manifestement dans une situation très difficile, à la fois en raison de l'intensification des combats sur le front de l'Est, mais aussi parce que les Russes étendent maintenant leurs attaques transfrontalières à Kharkiv", a indiqué à des journalistes un haut responsable américain à bord du train transportant le secrétaire d'Etat.

La Russie a lancé vendredi une offensive surprise contre la région de Kharkiv, dont la capitale éponyme est la deuxième ville d'Ukraine et est située près de la frontière commune.

Le ministère russe de la Défense a assuré mardi dans un communiqué que ses soldats avaient "libéré" le village de Bougrouvatka, près de la frontière russe et de la ville ukrainienne de Vovtchansk, et avaient "avancé en profondeur dans les défenses ennemies".

De l'aveu de l'état-major ukrainien, la Russie remporte des "succès tactiques" et une trentaine de villages sont sous le feu ennemi. Quelque 7.000 personnes ont été évacuées.

Cette opération fait craindre une percée russe face à une armée ukrainienne manquant de ressources et qui était déjà sous forte pression sur les fronts Est et Sud. Le président Zelensky a assuré lundi soir que des "contre-attaques" avaient lieu dans la région de Kharkiv et que le secteur avait été renforcé.

Dans un entretien à l'AFP, le chef de la sécurité nationale ukrainienne, Oleksandr Lytvynenko, a indiqué que "plus de 30.000" soldats russes attaquaient dans cette zone.

- 'Difficile de défendre'-

Il a cependant estimé que, pour l'instant, aucune "menace" ne pesait sur la grande cité de Kharkiv, située à une trentaine de kilomètres de la zone des combats et qui comptait près d'un million et demi d'habitants avant l'invasion russe.

Les forces russes sont entrées par "des villages situés à la frontière même et qu'il était difficile pour nous de défendre", a expliqué à l'AFP Volodymyr Oussov, administrateur du district militaire de Kharkiv.

"Ils sont sur un terrain élevé et nous bombardent depuis là, et avec leur nombre supérieur d'infanterie, ils lancent des assauts sur nos positions", a-t-il poursuivi à un poste de contrôle hors de Kharkiv.

Par ailleurs, dans la nuit de lundi à mardi, une frappe russe contre Kharkiv a fait deux blessés, selon les autorités locales.

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