Visite en Chine (et au Xinjiang) sous haute surveillance de Michelle Bachelet, Haut-commissaire de l'ONU

La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet est en Chine pour une visite d’une semaine qui devrait l'emmener au Xinjiang, lieu de répression de la minorité musulmane ouïghoure. Une visite sous haute surveillance.

C'est la première fois en près de vingt ans qu'un Haut-Commissaire aux droits de l'Homme des Nations unies se rend en Chine, mais les espoirs d'une enquête internationale approfondie sur ce que les États-Unis et d'autres pays ont qualifié de « génocide » au Xinjiang ont cédé la place à l'inquiétude des organisations de défense des droits de l'Homme, qui craignent que le Parti communiste au pouvoir n'utilise cette visite pour se dédouaner, comme nous l'explique Zumretay Arkin du Congrès mondial Ouighour, au micro de la rédaction chinoise de RFI.

« Depuis 2005, aucun Haut-Commissariat de l’ONU n’a été en Chine pour (constater l'état) des droits humains. Et c’est la première fois aussi qu’une Haute-Commissaire se rend sur place dans la région ouïghoure. Donc cette visite est vraiment une visite historique. »

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Cela fait des années que son organisation essaie de rencontrer madame Bachelet concernant le sort fait aux Ouighours en Chine, et sans succès, regrette aussi Zumretay Arkin. Des responsables de l'ONU ferraillent depuis 2018 avec le gouvernement chinois pour obtenir un « accès libre et significatif » au Xinjiang.

Michelle Bachelet et son équipe sont notamment attendus à Urumqi et à Kashgar, dans le Xingiang, ainsi qu'à Canton dans le sud de la Chine. Au programme de cette visite, des rencontres avec « un certain nombre de hauts fonctionnaires aux niveaux national et local », a indiqué son bureau la semaine passée. Mais sa marge de manoeuvre va être réduite, alerte Zemeretay Harkin.

« Cette visite est problématique car il a été très clair depuis le début que le gouvernement chinois n’allait pas donner un accès totalement indépendant à la Haute-Commissaire et à son équipe... Dans cette situation, on se demande quelle est l’utilité de cette visite parce que nous savons que, pour le gouvernement chinois, ça va être une visite de propagande : ils vont vraiment choisir les endroits auxquels (la délégation va) avoir accès et chorégraphier toute la visite. »

Pékin est accusée de pratiquer depuis 2017 une répression systématique des Ouïghours et des autres ethnies musulmanes de la région, comme les Kazakhs. Les associations de défense des droits de l'homme reprochent au régime chinois d'avoir enfermé plus d'un million de personnes dans des camps de rééducation. Pékin conteste ce chiffre et explique qu'il s'agit de « centres de formation professionnelle » destinés à combattre le radicalisme islamiste, après des attentats attribués à des Ouïghours. Un système mis en place par l'ex gouverneur de la province, Chen Quanguo, qui a quitté son poste en décembre dernier.

Selon des universitaires et des Ouïghours basés à l'étranger, les autorités du Xinjiang semblent ces dernières années avoir abandonné les mesures de répression sévères pour se concentrer à nouveau sur le développement économique de la région. « Maintenant, il n'y a plus beaucoup de preuves visibles d'une répression », a fait valoir à l'AFP Peter Irwin, de l'ONG Uyghur Human Rights Project. Les groupes de défense ont alerté que la surveillance omniprésente de l'Etat et la peur de représailles empêcheront les Ouïghours sur le terrain de parler librement à l'équipe des Nations unies.

« Nous craignons que la visite ne soit manipulée par le gouvernement chinois pour blanchir les graves abus commis au Xinjiang », a averti pour sa part Maya Wang, chercheuse spécialiste de la Chine à Human Rights Watch.

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(et avec AFP)

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