Covid-19: les variants essaiment, le virus menace toujours plus

Robin MILLARD, avec les bureaux de l'AFP dans le monde
·6 min de lecture

Les variants britannique et sud-africain du coronavirus, particulièrement contagieux, s'étendent désormais à au moins une cinquantaine de pays, dans un monde submergé par une nouvelle vague de contaminations que confinements, couvre-feux et campagnes de vaccination ne parviennent pas à endiguer.

Le nombre de pays et territoires où se trouve dorénavant le variant repéré initialement en Grande-Bretagne mi-décembre s'élève à 50 et il est de 20 pour le variant identifié en Afrique du Sud, a annoncé l'Organisation mondiale de la santé (OMS), jugeant cette évaluation fort probablement sous-estimée.

Une troisième mutation, originaire de l'Amazonie brésilienne et dont le Japon a annoncé dimanche la découverte, est actuellement analysée et pourrait impacter la réponse immunitaire, selon l'OMS qui évoque dans son bulletin hebdomadaire "un variant inquiétant".

"Plus le virus SARS-CoV-2 se répand, plus il a d'occasion de muter", souligne l'OMS, qui dit s'"attendre à l'émergence de davantage de variants" se caractérisant par "une plus grande transmissibilité".

La pandémie de Covid-19 a fait au moins 1.963.557 morts dans le monde, proche du cap symbolique des 2 millions, depuis que le bureau de l'OMS en Chine a fait état de l'apparition de la maladie fin décembre 2019, selon un bilan établi par l'AFP mercredi.

Plus de 91,5 millions de personnes ont été contaminées, et le branle-bas de combat s'intensifie -à coups de "lockdown", couvre-feu et autres restrictions impopulaires-, pour stopper ce renouveau de la pandémie qui frappe actuellement la planète.

- Trois morts minute -

Les États-Unis sont le pays le plus touché tant en nombre de morts (presque 381.000) que de cas (près de 23 millions). Avec une moyenne de trois morts par minute, le pays a enregistré mardi un nouveau record de morts quotidiens (4.470).

"C'est très certainement la période la plus sombre de toute ma carrière", a constaté Kari McGuire, la responsable de l'unité de soins palliatifs à l'hôpital Sainte Marie d'Apple Valley, une petite bourgade rurale de Californie, où les patients s'entassent dans tout l'établissement, avec un nombre de décès "astronomique".

Dans l'espoir d'enrayer les contagions, les autorités fédérales ont décidé que tous les voyageurs souhaitant se rendre aux Etats-Unis par avion devront présenter, à partir du 26 janvier, un test négatif au Covid-19.

Les morts sont à déplorer dans toutes les régions du pays, avec une augmentation particulièrement élevée dans le sud et l'ouest.

Au Canada, les habitants de l'Ontario ont reçu l'ordre de rester chez eux, alors que le système de santé de la province est "sur le point de s'effondrer" selon les autorités locales.

- Le pape vacciné -

En Chine, qui a très largement éradiqué l'épidémie, apparue dans le pays fin 2019, et où le dernier décès signalé officiellement remonte à mai dernier, plusieurs foyers de contamination sont apparus ces derniers jours, entraînant une réponse ferme des autorités, avec de strictes restrictions de déplacement pour des dizaines de millions de personnes.

C'est le cas notamment dans la province du Heilongjiang (nord-est), frontalière de la Russie, ainsi que dans le Hebei, qui entoure Pékin, où 76 millions d'habitants se sont vus interdire de quitter la province.

Nationalement, le bilan quotidien fait état mercredi de 115 nouvelles contaminations, soit le chiffre le plus élevé depuis juillet.

Même si l'on reste très loin des chiffres enregistrés dans le reste du monde, la recrudescence des cas de Covid inquiète le pouvoir à l'approche du Nouvel an chinois, le 12 février, synonyme d'innombrables déplacements et voyages de retour dans les familles.

La Chine s'apprête par ailleurs à recevoir une équipe d'experts de l'OMS chargée d'enquêter sur l'origine du coronavirus. Attendue jeudi à Wuhan, dans le centre du pays, elle devrait être placée en quarantaine avant de commencer son enquête.

En Asie toujours, le Japon a étendu mercredi son état d'urgence, déjà en place sur Tokyo et sa grande banlieue, à sept départements supplémentaires, avec notamment une fermeture en soirée des bars et restaurants.

Le président indonésien Joko Widodo a reçu mercredi la première injection d'un vaccin chinois (Coronavac) dans son pays, au premier jour d'une campagne de vaccination dans l'immense archipel.

Le pape François, âgé de 84 ans, a lui aussi été vacciné mercredi, selon des journalistes.

- Objectif 15 millions -

Face à la propagation de l'épidémie, les gouvernements du monde entier se précipitent pour acquérir et fournir le plus rapidement des vaccins. Des efforts qui ne devraient toutefois pas garantir une immunité collective en 2021 selon l'OMS.

En Europe, l'Agence européenne des médicaments a annoncé mardi avoir reçu une demande d'autorisation pour le vaccin de l'alliance AstraZeneca/Oxford, avec une possible décision le 29 janvier. Les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna sont déjà autorisés dans l'UE.

La situation n'en reste pas moins très préoccupante sur le continent, où les restrictions sont de retour un peu partout.

En France, un Conseil de défense sanitaire pourrait décider mercredi de nouvelles restrictions, alors que le variant anglais commence à s'installer sur le territoire.

La Suisse a annoncé une nouvelle série de mesures, avec télétravail obligatoire, fermeture des magasins et limitation des rassemblements, en raison d'une "situation épidémiologique extrêmement tendue", selon le gouvernement.

Le Royaume-Uni, pays à ce jour le plus sévèrement touché en Europe, compte mettre en place "dès que possible" une vaccination 24 heures sur 24. L'objectif est de vacciner d'ici à mi-février les plus de 70 ans et les soignants, soit environ 15 millions de personnes, pour 2,4 millions de vaccinés aujourd'hui depuis le 8 décembre.

Bon élève de la lutte contre la pandémie jusqu'à décembre 2020, l'Irlande est devenue ce début de semaine le pays présentant le plus haut taux de transmission dans le monde, devant la République tchèque et la Slovénie.

En Italie, par ailleurs sous la menace d'une possible crise politique, le gouvernement a annoncé son intention de prolonger l'état d'urgence jusqu'au 30 avril, même s'il entend rouvrir les musées dans les zones les moins touchées.

Le président russe Vladimir Poutine a ordonné d'entamer dès la semaine prochaine une campagne de vaccination de masse, affirmant que le vaccin conçu par son pays est le "meilleur".

La Jordanie a lancé mercredi sa campagne de vaccination, en commençant par le personnel soignant, les personnes atteintes de maladies chroniques et celles âgées de plus de 60 ans.

burs/hba/sg