Virginie Efira nous parle de son approche au féminisme

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Virginie Efira, ici au mois de janvier 2020 à Paris, est à l'affiche de
Virginie Efira, ici au mois de janvier 2020 à Paris, est à l'affiche de

CINÉMA - Du chemin, depuis l’aventure “Nouvelle Star”, Virginie Efira en a fait. Ce vendredi 9 juillet, l’actrice de 44 ans monte les marches du Festival de Cannes en compagnie du cinéaste néerlandais Paul Verhoeven et du casting de son dernier long-métrage, Benedetta, dont elle est la tête d’affiche.

Adaptée du récit historique qu’a reconstitué la chercheuse Judith C. Brown dans Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne, son histoire est celle d’une nonne italienne qui, dans le courant du XVIIe siècle, rejoint le couvent de Pescia en Toscane persuadée de parler à Jésus Christ. Plus le temps passe, plus elle est certaine de ses visions, s’attirant par là même la jalousie de certaines des sœurs, mais aussi l’affection toute particulière de l’une d’entre elles, Bartolomea.

Violence, sexe et religion. Le film n’omet aucun des thèmes de prédilection du réalisateur de Basic Instinct (1992) et Showgirls (1996), comme en témoigne une longue scène au cours de laquelle l’héroïne et sa maîtresse s’adonnent à une endiablée partie de jambes en l’air tandis qu’en arrière-plan, une statuette de la Vierge Marie est illuminée par une bougie. “Ce plan résume tout: ignorons les règles et interdits, faisons ce qu’on veut”, explique le cinéaste de 82 ans dans les notes de production.

Des femmes complexes

Depuis le début de sa carrière, le sexe tient une part non négligeable dans son cinéma. Il lui a parfois valu des accusations de “male gaze”, un concept théorisé dans les années 1970 par la cinéaste anglaise Laura Mulvey désignant le regard masculin orchestrant des images sur le corps des femmes, sexualisées ou chosifiées.

Pour Virginie Efira, il n’en est rien. “Je pense que c’est le cinéaste le plus féministe que je connaisse”, nous assure la comédienne. C’est la deuxième fois qu’elle tourne avec lui, la première ayant été sur Elle, un film qui n’avait pas laissé la Croisette de marbre en 2016. “C’est génial d’être filmé par lui, poursuit-elle. Je ne pense pas qu’il ait un regard féminin ou masculin. C’est un homme qui regarde avec une sensibilité inouïe et qui crée des rôles de femmes complexes.”

D’après elle, le réalisateur ne fait pas que dépeindre des femmes “fortes”, “ce truc qui ne veut rien dire”. Ses héroïnes peuvent être puissantes et tomber par terre, comme Benedetta. “Elles ont douze mille caractéristiques, poursuit Virginie Efira. Elles ne sont pas réduites à une valeur [dite féminine], comme le fait d’être ‘aimante’. Qui plus est, ce sont des femmes qui ne laissent pas le terrain sexuel aux hommes. La sexualité ne les diminue pas.”

Elle en est convaincue: le cinéma de Verhoeven l’a aidée dans sa construction d’elle-même. ”À 15 ans, je n’avais pas lu Simone de Beauvoir, je n’étais pas du tout dans un féminisme cérébral, confie Virginie Efira. Les films, et notamment les siens, ont été rudement importants. C’est super de voir qu’on peut être désirée et désirante. Cela m’a permis de ne pas me sentir coupable de mes désirs. Ça peut paraître primaire, mais c’est très important de comprendre que ton corps, c’est le tien.”

Le féminisme, “un petit mot-valise”

Depuis ce jour, elle a mûri son approche au féminisme, “ce petit mot-valise” que certains ont tendance à récupérer à tout va aujourd’hui, selon elle. Plutôt que d’essayer de le définir et de le circonscrire à une chose plutôt qu’une autre, c’est au travers de ses décisions qu’elle l’expérimente, notamment dans ses choix de films.

Elle ne veut pas d’un personnage féminin réduit à une fonction. Elle ne veut plus de ces rôles tout faits de comédies romantiques jouant sur “la dichotomie entre la mère et la putain”, films dans lesquels la femme d’un mari qui la trompe déteste forcément la maîtresse. “Moi, une femme qui aime le même homme que moi, j’aurais plutôt tendance à avoir une proximité avec elle qu’une opposition”, affirme Virginie Efira.

Aujourd’hui, “je pourrais complètement jouer le rôle d’une femme sous l’emprise d’un homme, mais il faudrait pour ça que le regard du metteur en scène ne soit pas soumis aux diktats de la société”, admet-elle.

En tant que maman d’une petite fille de 8 ans, l’éducation qu’elle lui donne alimente son féminisme. “Ici, ce serait de ne pas se sentir coupable de ma manière d’être, qui n’est pas forcément celle d’une maternité sacrificielle, mais plus dans une forme de transmission de nos libertés en tant que femmes, de nos choix qui nous sont propres, estime Virginie Efira. Il n’y a pas un endroit qui est dégradant, un autre qui est noble.”

“Il faut des exemples”

Ces considérations ne viennent pas de nulle part, elles sont entrées dans un nouveau chantier depuis 2018. “Le mouvement #MeToo m’a été fondamental dans sa manière de rendre visible ce qui ne me l’était pas, affirme la comédienne. J’ai mis des mots sur certaines observations, comme ‘systémique’. Toute cette période [qui en découle] permet de mieux voir à l’intérieur de moi, comme après une psychanalyse.”

Elle ajoute: “Au début, je ne savais pas trop quoi penser de la question des quotas au cinéma. Prenons l’exemple des festivals. Ça veut dire quoi ‘choisir les meilleurs films’? C’est relatif à ceux qui les sélectionnent. Donc oui, il faut un film qui rende compte de l’état actuel du monde, de l’oppression de certaines personnes dans certains pays. Donc oui, il faut aussi des films faits par des femmes parce qu’il faut des exemples.”

Des exemples, le cinéma français et étranger en propose davantage depuis plusieurs années. Ce renouvellement est salutaire, il lui permet aujourd’hui de regarder d’un œil nouveau les archétypes féminins avec lesquels elle a grandi. “J’ai compris que beaucoup des trucs que j’ai regardés quand j’étais ado m’ont affectée, comme ces films avec Julia Roberts dans lesquels des femmes deviennent quelqu’un d’important à partir du moment où un homme les a repérées, souffle-t-elle. Moi-même, j’ai d’abord pensé que j’allais être révélée par quelqu’un.” Elle conclut: “Il faut du temps pour se défaire.”

À voir également sur Le HuffPost: “Benedetta”, de Paul Verhoeven avec Virginie Efira, révèle sa bande-annonce

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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