Violences sexuelles dans le porno: les représentants des sites Dorcel et Jacquie et Michel épinglés au Sénat

Une caméra (photo d'illustration) - Pixabay
Une caméra (photo d'illustration) - Pixabay

Les représentants de deux des groupes français les plus influents dans le milieu du porno, face à la délégation aux droits des femmes du Sénat. Dans le cadre du rapport d'information sur la pornographie, Grégory Dorcel, président du groupe du même nom, et Vincent Gey, responsable des opérations chez Ares, qui héberge le site "Jacquie et Michel", ont été auditionnés mercredi au Sénat.

Pendant plus de deux heures, les deux représentants ont répondu aux questions des sénatrices en charge du rapport sur les conditions de tournage et sur la réglementation du milieu de la pornographie, régulièrement épinglé, notamment depuis l'affaire "French Bukkake".

Dans cette enquête tentaculaire, douze personnes ont pour l'heure été mises en examen pour des violences sexuelles perpétrées sur de jeunes actrices lors de tournages où des pratiques extrêmes et non consenties leur ont été imposées.

"Ça a été la stupeur"

Cette dernière audition en date a donné lieu à des échanges parfois tendus durant lesquels ont été pointés le manque d'encadrement et l'aveuglement du secteur sur les dérives de certains tournages amateurs.

"Nous n’avons jamais diffusé sur nos plateformes les productions de Pascal OP”, affirme Grégory Dorcel, interrogé sur les possibles liens du groupe avec ce réalisateur, mis en cause dans l'affaire "French Bukkake" après des tournages d'une grande violence.

Comme Vincent Gey, du groupe Ares, le président de Dorcel affirme n’avoir jamais été informé des comportements criminels qui étaient de mise lors de ces tournages. "Ça a été la stupeur de découvrir les conditions dans lesquelles sont produits ces contenus", déclare-t-il.

Des tournages très peu contrôlés

À la suite de l'ouverture de l'enquête, en 2020, les deux groupes ont décidé d'établir une charte de bonnes pratiques pour encadrer les productions. Mais les sénatrices soulignent un manque cruel de contrôles sur les tournages.

"Nos équipes n’ont jamais relevé d’incident majeur sur les tournages de nos partenaires", assure Vincent Gey. "On a une personne qui s’occupe de contrôler. Les vérifications à l’étranger peuvent se faire à distance, en interviewant des personnes qui ont participé à certains tournages", précise-t-il.

"Une personne en charge de contrôler un millier de films du bon respect de la charte?", relance, peu convaincue, la sénatrice Annick Billon. "Une personne sur la France, plusieurs autres personnes sur l’étranger", se borne à dire le responsable des opérations chez Ares.

"Aucune" surveillance extérieure

Des contrôles extérieurs ont-ils été effectués sur les tournages des films produits par Dorcel? "Aucun", répond du tac-au-tac le président du groupe. L'avocat Matthieu Cordelier, qui a participé à l'établissement de la charte de Dorcel, ajoute que la présence d'un "tiers de confiance" est cependant à présent obligatoire pour s'assurer du bon déroulement des tournages.

Une coordinatrice d'intimité intervient notamment pour "faire l’interface entre les acteurs et la production, et signaler (...) n’importe quelle situation d’inconvenance. Dans ces cas-là, elle intervient pour que le scénario soit modifié", détaille l'avocat.

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Une sénatrice dénonce le caractère raciste de certaines vidéos

Le président du groupe Dorcel a également été épinglé par la sénatrice Laurence Rossignol sur la présence de contenus dont elle dénonce le caractère raciste.

"J’ai été voir sur votre site, j’ai vu que vous aviez une rubrique "interracial". Dans cette catégorie, j’ai pu lire le synopsis d’un film: 'Gina et Chloé vont vous montrer comment s’occuper d’une grosse bite black'. Avez-vous aussi des films dans lesquels on dit comment s’occuper d’une grosse bite blanche?", ironise-t-elle, dénonçant que des représentations racistes soient véhiculées ainsi.

Grégory Dorcel se dit "étonné" de la présence de ce type de description sur le site. "Je ne remets pas en cause votre appréciation mais je ne la partage pas, sinon je ne le laisserais pas faire", se borne-t-il à dire.

"Ne pas généraliser", martèlent les deux responsables

Évoquant les témoignages qui ont émergé dans la presse dans le cadre de l'affaire "French Bukkake", Grégory Dorcel et Vincent Gey dénoncent tous deux les dérives qui ont pu se produire par le passé. Mais ils tiennent à réaffirmer, face à certaines associations "abolitionnistes", opposées au porno, qu'il ne faut pas "généraliser" ces faits.

"Ces affaires récentes sont effroyables. Mais ce sont des affaires criminelles qui ne sont pas assimilables aux activités régulières de notre industrie", défend le premier, quand le second déclare que cette affaire ne met en lumière qu'une "infime part de professionnels inattentifs au bien-être de celles et ceux qui fabriquent les contenus" du site.

"Vous avez dit que vous aviez subi un déferlement d’attaques par des associations abolitionnistes et par la presse. Moi, j’observe quand même qu’il y a surtout un déferlement de plaintes et de mises en examen", tance la sénatrice Laurence Rossignol, répondant à Vincent Gey. "Dire que ce sont des attaques alors qu’il y a des plaintes et des mises en examen, c’est réduire ces plaintes à la calomnie."

"Ce sont des vies détruites"

"Vous ne semblez pas mesurer la gravité de la situation. C’est ce que vous renvoyez lors de cette audition”, a finalement dénoncé la sénatrice Laurence Cohen, au terme d’un échange tendu. Annick Billon, qui régulait la séance de questions-réponses, déplore quant à elle les réponses "approximatives" fournies par le représentant du groupe Ares.

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"Ce sont des vies détruites, des actes de barbarie extrêmement importants dont il est question aujourd’hui. De grâce, pour ces victimes, apportez-nous les réponses."

Article original publié sur BFMTV.com

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