Violences sexuelles faites aux enfants : «La société accepte de courir le risque de ne pas protéger les victimes»

Jérôme Panconi

Juge des enfants pendant dix-sept ans, surnommé parfois « l’ange gardien des petits », Edouard Durand est une figure engagée contre les violences familiales. Coprésident de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), cet expert nous explique l’urgence des progrès à réaliser pour mieux protéger les victimes et lutter contre l’impunité des agresseurs. Interview.

Paris Match. A mi-parcours de son mandat, la Commission indépendante sur l’inceste tire la sonnette d’alarme : les violences sexuelles faites aux enfants sont une réalité d’une grande ampleur et la société passe à côté des victimes…
Edouard Durand. On peut estimer que 160 000 enfants subissent chaque année des violences sexuelles, le plus souvent dans le cercle familial. A l’autre bout de la chaîne, le nombre de condamnations est très faible, autour d’un millier. Entre les deux, plus de 70% des plaintes sont classées sans suite, exactement comme dans les violences conjugales. La plupart de ces enfants sont invisibles. Les violences sexuelles qui leur sont infligées, et notamment l’inceste, font l’objet d’une sous-révélation massive. Cela veut dire à la fois que les victimes sont peu entendues et que la prise en compte de leur souffrance est inférieure à la réalité de cette souffrance.

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Dans les violences sexuelles faites aux enfants comme dans les violences conjugales, la stratégie de l'agresseur est la même

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Ces données révèlent un système qui permet l’impunité des agresseurs. Quelle prise de conscience attendez-vous aujourd’hui de la société ?
Dans les violences sexuelles faites aux enfants comme dans les violences conjugales, la société doit prendre pleinement sa place pour dire : ce passage à l’acte est violent, la loi l’interdit. Dans ces violences de l’intime, l’agresseur suit toujours la même stratégie : il choisit et isole la victime, crée un climat de peur et de terreur, passe à l’acte, inverse la culpabilité, impose le silence, recherche des alliés, et assure son impunité. La société, et chaque professionnel, vont-ils agir pour contrecarrer ou au contraire pour conforter la stratégie de l’agresseur ?(...)


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