Violences sexuelles: une femme réfugiée sur cinq dit avoir été victime après son arrivée en France

Lea Nicosia
Dans cette enquête publiée ce mercredi 13 mai, on apprend que parmi les victimes, un tiers de celles testées séropositives au VIH ont été infectées après la migration. (Photo: Tinnakorn Jorruang via Getty Images)

FEMMES - Les violences sexuelles font de plus en plus de bruit, certains parlent d’une “quatrième vague” du féminisme. Cependant, il reste encore des violences peu connues. Pour l’Ined, Julie Pannetier et ses collègues ont étudié les violences sexuelles faites aux femmes originaires d’Afrique subsaharienne. À travers un sondage qui démontre les violences sexuelles qu’elles subissent après leur arrivée en France, les chercheurs parlent des facteurs qui les favorisent.

Dans l’enquête publiée ce mercredi 13 mai, on apprend que parmi les victimes, un tiers de celles testées séropositives au VIH ont été infectées après la migration. L’enquête Parcours a été réalisée en 2012 et 2013 dans 74 établissements de santé d’Île-de-France. Elle permet de mieux situer les violences sexuelles dans le parcours migratoire. 

Pour l’enquête Parcours, les chercheurs ont interrogé 973 femmes: 405 dans des centres de santé de médecine générale, les 568 autres, atteintes du VIH étaient suivies à l’hôpital. Ces femmes ont fait le choix de partir de leur pays pour plusieurs raisons: 46% d’entre elles rejoignent un membre de leur famille ou un conjoint, 20% espèrent une vie meilleure et cherchent un travail, 18% sont menacées dans leur pays, 13% poursuivent leurs études et 4% partent pour des raisons médicales. 

Selon les chercheurs, ce sont les femmes dont la migration est motivée par la violence dans leur pays d’origine qui sont le plus susceptibles d’être à nouveau victimes de violences dans le pays d’accueil. Dans l’enquête de l’INED, on peut lire que celles qui ont fui leur pays en raison de menaces pour leur vie ont subi 3,7 plus de violences sexuelles que celles venues pour chercher un emploi. 

Problèmes d’hébergement 

Dans le groupe de femmes interrogées, certaines racontent avoir été hébergées pendant au moins une année par un membre de la famille. D’autres au contraire ont régulièrement changé de logement au cours d’une même année. En hébergement d’urgence, dans la rue, chez des connaissances... L’instabilité résidentielle serait l’un des facteurs directs des violences faites aux femmes réfugiées.

De plus, il arrive également que les femmes aient été hébergées par un partenaire sexuel, ce qui n’affaiblit pas les violences sexuelles. C’est même l’inverse: “leur risque de subir des violences sexuelles est plus élevé” rapporte l’enquête.

Comme dans les enquêtes révélées en France concernant les violences sexuelles faites dans le pays, les espaces domestiques et privés n’empêchent pas les violences d’avoir lieu. L’INED ajoute: “La dépendance des femmes à l’égard des hommes, y compris des partenaires intimes, de leurs connaissances ou des membres de leur famille, renforce les mécanismes d’appropriation du corps des femmes”. 

Pas de titre de séjour et instabilité administrative

La précarité résidentielle et administrative constituent également des facteurs directs des violences sexuelles. Ce sont des contextes où les violences surviennent davantage. Parmi les femmes interrogées, 43% d’entre elles ont passé au moins une année sans titre de séjour. En l’absence de ce titre et dans l’incapacité d’avoir accès à un emploi légal rémunéré, l’enquête explique qu’elles ont plusieurs partenaires sexuels et font donc face à plus de violences sexuelles. 

Ces violences entraînent d’ailleurs un risque élevé d’infection aux maladies sexuellement transmissibles. Un tiers des femmes interrogées ont été infectées après leur migration et elles sont nombreuses à confier avoir été victimes de viols. L’étude précise qu’aucune étude n’est en capacité de donner de chiffres car certaines infections n’ont pas pu être datées. Cependant ils affirment que “les femmes infectées par le VIH après leur migration rapportent 4 fois plus souvent avoir été victimes de rapports sexuels forcés après la migration que les femmes non infectées.”  

En réalisant cette étude, Julie Pannetier et ses collègues ont cherché à ouvrir les yeux sur divers points: “La lutte contre les violences de genre doit prendre en
compte celles subies par les femmes immigrées dans un contexte de précarité majeure, elles doivent être reconnues et prises en charge.” Le risque majoré d’infection au VIH en signe la gravité.

Ils souhaitent montrer que l’insécurité et l’absence d’accès aux droits sont des causes sous-jacentes des violences sexuelles que subissent ces femmes. Pour terminer, les chercheurs précisent: “L’accès au logement et à un titre de séjour sont des conditions indispensables pour exercer le droit à vivre sans violence et sans atteinte à la santé.” 

Voir également sur le Huffpost: Journée internationale des droits des femmes: des Femen manifestent à Paris contre le patriarcat

LIRE AUSSI:

Confinement : le gouvernement tente de répondre à la précarité décuplée des étudiants

Avec le confinement, les travailleuses du sexe encore plus précaires

Love HuffPost? Become a founding member of HuffPost Plus today.

This article originally appeared on HuffPost.