Violences sexuelles : Léo Grasset répond à Mediapart dans une vidéo

Le youtubeur et vulgarisateur scientifique Léo Grasset (DirtyBiology) a finalement choisi de répondre aux accusations de l’enquête de Mediapart sortie en juin 2022.
Capture écran Youtube Le youtubeur et vulgarisateur scientifique Léo Grasset (DirtyBiology) a finalement choisi de répondre aux accusations de l’enquête de Mediapart sortie en juin 2022.

YOUTUBE - Une réponse tardive, pour donner sa version des faits. Plusieurs mois après l’enquête de Mediapart qui mettait en cause le comportement vis-à-vis de plusieurs femmes du youtubeur et vulgarisateur scientifique Léo Grasset, de la chaîne DirtyBiology, le jeune homme a décidé de s’exprimer dans une longue vidéo publiée ce samedi 19 novembre. Une démarche qui vise à exposer sa vision de l’affaire et dénoncer les pratiques selon lui trompeuses du journal.

Épinglé dans un article de juin 2022 qui relayait notamment une accusation de viol et plusieurs témoignages de violences psychologiques à l’égard d’autres vidéastes de la plateforme, Léo Grasset a donc finalement choisi de répondre en vidéo. Dans un premier temps, il avait déjà brièvement contesté « les accusations relayées à [s]on encontre » après la parution de l’enquête, indiquant avoir « toujours été attentif au consentement de l’ensemble de [s]es partenaires ».

Mediapart circonspect face à cette ligne de défense

Du côté de Mediapart, cette longue réponse vidéo de Léo Grasset laisse de marbre. Lénaïg Bredoux, co-autrice de l’article rappelle ainsi au HuffPost qu’il s’agit d’« une enquête de plusieurs mois, très longue et pour laquelle (elle a) sollicité à plusieurs reprises Léo Grasset. Qui a tout de même accepté de répondre avant de refuser ». Et « je lui ai tout de même adressé toutes les questions détaillées si jamais il changeait d’avis avant publication. Il n’a pas souhaité répondre. Ni lui, ni ses avocats », poursuit-elle. La responsable éditoriale en charge des questions de genre pour Mediapart ajoute que le youtubeur « aurait alors eu tout le loisir, le temps et l’espace pour préciser, démentir et répondre… » Comme il veut d’ailleurs donner l’impression de faire dans sa vidéo aux aires de « fact-checking ».

Car c’est donc dans une vidéo montée et minutieusement préparée d’un peu plus de trente minutes, et intitulée sobrement « Ma réponse à Mediapart », que le vulgarisateur scientifique au 1,2 million d’abonnés sur Youtube répond. Et où il assure d’emblée ne pas souhaiter empiéter sur le terrain judiciaire, lui qui est actuellement visé par une plainte pour harcèlement sexuel par la vidéaste Clothilde Chamussy, de la chaîne « Passé sauvage ». À l’inverse, il dit vouloir revenir avant toute chose sur l’article du journal d’investigation qu’il juge « malhonnête », usant d’« insinuations » et de « citations tronquées » pour livrer un portrait « toxique » et à charge contre sa personne.

Et s’il reconnaît « avoir une vie amoureuse parfois bordélique » et assume aussi faire « des blagues de gros beauf », Léo Grasset se donne pour mission de « fournir tout le contexte » afin d’« aller vers un apaisement » et éviter ainsi de nouveaux cas de cyberharcèlements pour lui, ses proches, mais également pour les personnes à l’origine des témoignages relayés dans l’article de Mediapart.

Les méthodes de Mediapart en question

« J’avais initialement prévu de vous en faire le récit (de la soirée de 2016 à l’origine de l’accusation de viol relaté dans l’article de Mediapart, ndlr), vous raconter les discussions qu’on a eues et ainsi de suite, explique-t-il à ses abonnés. J’étais partagé entre le souhait de réfuter une telle accusation et de ne rien cacher, et le doute de l’intérêt de le faire devant une foule anonyme. Mais dans tous les cas, mes avocats m’ont tout simplement déconseillé de le faire […] Pour eux, on ne se défend pas d’un crime ailleurs que devant la justice », explique-t-il en début de vidéo.

Revenant plutôt sur les éléments avancés par le journal, Léo Grasset estime que l’article a pris ses abonnés « pour des neuneus », et que les témoignages relayés donnent une image tronquée de la réalité, notamment sur la nature de sa relation avec celle qui l’accuse.

Le youtubeur reproche aussi à Mediapart d’utiliser plusieurs autres témoignages et paroles d’experts pour dresser un portrait qui pousserait à la confusion. « L’article joue sur le fait qu’il y a huit témoignages, en mettant principalement en avant le premier, qui est une accusation de viol ». Il juge que « les citations utilisées dans l’article manquent d’un contexte qui parfois change leur sens » et ajoute que « les autres (accusations) sont de nature complètement différente ». Autre argument avancé par le youtubeur : l’article de Mediapart est payant et peut ainsi fausser la compréhension des lecteurs n’ayant parcouru que le titre et les premières lignes disponibles gratuitement sur le site du journal.

« Pas de surprise donc à ce qu’on trouve un peu partout sur Internet des commentaires insinuant que j’aurai violé huit personnes », regrette Léo Grasset, tout en reconnaissant qu’une vidéo mise en ligne gratuitement sur YouTube par Mediapart « a sans doute offert plus de détails » pour celles et ceux n’ayant pas lu l’article dans son intégralité.

Le retour des vidéos

Rappelons-le toujours dans le viseur de la justice, le youtubeur met également en avant les répercussions de l’article sur sa vie personnelle et professionnelle, y compris les pertes de partenariats et de sponsors en lien avec son activité de vidéaste. « Cet article m’a volé ma vie et je ne me vois pas la reprendre sans au moins y répondre : ce genre d’événements a des conséquences assez lourdes », clame-t-il encore, estimant avoir perdu « quelque chose comme 80 000 abonnés » depuis la parution de l’article en juin.

Assurant malgré tout cela qu’il refuse de se placer dans une position d’« autovictimisation pour émouvoir l’audience », Léo Grasset souhaite plutôt mettre en avant « l’étendue des dégâts » et « les vagues de harcèlements et de menaces », évoquant d’ailleurs des appels au suicide de la part d’internautes. Une posture du vidéaste qui fait débat. Au point d’être longuement questionnée sur les réseaux sociaux, notamment par Bruno Muschio, auteur et réalisateur derrière les séries Bref ou Bloqués.

« On peut faire énormément de dégâts en ayant de bonnes intentions », tacle néanmoins Léo Grasset en toute fin de vidéo, espérant avoir « donné des éléments de contexte pour relire l’article » sous un jour nouveau.

« Quelques jours après la parution du premier article, cette personne (avec qui DirtyBiology a collaboré à plusieurs reprises sur Youtube, ndlr) a décidé de porter plainte pour harcèlement sexiste », relate le vidéaste. Dans cette autre affaire, il assure s’être « mis à disposition de la justice pour qu’elle puisse enquêter librement […] Mes avocats ont aussi écrit au procureur de la République pour simplifier toute convocation et préciser que je souhaitais être entendu le plus rapidement possible. »

Mais pour terminer cette première prise de parole après cinq mois de silence, Léo Grasset préfère conclure en assurant à ceux qui le regardent qu’il compte bel et bien reprendre les vidéos, ayant « très envie de continuer, si vous voulez toujours les regarder ». D’après lui, « les vidéos ne sortiront pas très vite » mais « le principal c’est que si vous êtes chauds, on peut continuer ». Un timing qui interroge, quand au moment même de la publication de la vidéo samedi, en France, des milliers de personnes sortaient dans la rue pour dénoncer les multiples dysfonctionnements en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

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