Violences policières: Macron demande des "propositions" au gouvernement pour la 3e fois en un an

Esther Paolini
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Le président de la République, Emmanuel Macron.  - Fred Dufour - AFP
Le président de la République, Emmanuel Macron. - Fred Dufour - AFP

"Intraitable." C'est ainsi qu'Emmanuel Macron promettait d'être, face à "toute dérive ou de toute forme de violence" dans la police. Depuis ces propos tenus auprès de Mediapart deux jours avant son élection, le chef d'Etat a exigé, à plusieurs reprises de la part de son gouvernement, des "propositions" pour améliorer la déontologie des forces de l'ordre. Il a réitéré sa demande ce week-end et a reçu ce lundi à l'Elysée son Premier ministre Jean Castex et ses ministres de l'Intérieur et de la Justice, Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti.

• Manifestations pour les retraites et mort de Cédric Chouvat

Après le mouvement des gilets jaunes, la France est secouée en début d'année 2020 par une nouvelle série de manifestations, cette fois contre la réforme des retraites. La plupart se terminent par de violents heurts avec les forces de l'ordre.

Plusieurs vidéos, largement partagées sur les réseaux sociaux, montrent des comportements violents du côté des manifestants mais aussi de la police, qui interrogent quant à la stratégie de maintien de l'ordre en France. L'une d'elles montre notamment un policier à Toulouse en janvier faire un croche-pied à une manifestante de manière à la faire tomber brutalement au sol. Une autre filme un policier à Paris en train de tirer dans le cortège et à bout portant, avec un lanceur de balle de défense (LBD).

Au même moment, Cédric Chouviat, un père de famille de 42 ans travaillant comme livreur meurt des suites d’une asphyxie avec une fracture du larynx lors d'un contrôle routier houleux aux abords de la tour Eiffel. Là, le président de la République sort de son silence et demande au gouvernement "des propositions claires pour améliorer la déontologie" des forces de l’ordre. Sans utiliser le terme de "violences policières", Emmauel Macron parle "de comportements qui ne sont pas acceptables", affirmant:

"Il ne faut avoir aucune complaisance."

• L'écho de la mort de George Floyd aux Etats-Unis

Le mois de juin est marqué par un mouvement inédit aux États-Unis contre les violences policières, à la suite de la mort de George Floyd, un homme noir de 46 ans asphyxié lors d'une intervention policière par un officier blanc à Minneapolis.

Cette vague de protestation ne tarde pas à trouver un écho particulier en France, où beaucoup rapprochent l'affaire de cet Afro-américain à celle d'Adama Traoré, mort en 2016 après son arrestation à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) au terme d'une course-poursuite avec les gendarmes. Une manifestation contre les violences policières rassemble alors plus de 20.000 personnes sur le parvis du tribunal judiciaire parisien.

Emmanuel Macron, qui n'a alors pas publiquement pris la parole sur ce sujet, convoque le Premier ministre et les ministres concernés à l'Elysée, afin qu'ils se saisissent du sujet. Le président demande notamment à son ministre de l'Intérieur de l'époque, Christophe Castaner, de reprendre le travail engagé en janvier sur l'amélioration de la déontologie des forces de l'ordre, afin de le faire aboutir.

• L'agression de Michel Zecler

Est-ce la goutte d'eau qui fait déborder le vase? Jeudi, une vidéo dévoilée par Loopsider montre l'agression subie par Michel Zecler, un producteur de musique, lors d'une interpellation pour non-port du masque. Le lendemain, Emmanuel Macron dénonce dans une déclaration sur Facebook, une "agression inacceptable", des "images qui nous font honte" et réclame "rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance" entre police et population.

Ce lundi, il réunit à l'Elysée Jean Castex, des ministres et les chefs des groupes parlementaires de la majorité autour des sujets régaliens, police et sécurité. Deux ans après le début de la mobilisation des gilets jaunes, l'exécutif ne peut plus se permettre de perdre du temps sur ce sujet sensible, désormais récurent dans l'actualité.

Article original publié sur BFMTV.com