Violences en Irlande du Nord: une nouvelle épine dans le pied de Boris Johnson

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Le Premier ministre britannique Boris Johnson a condamné une nouvelle nuit de violences en Irlande du Nord, après que des manifestants ont lancé des cocktails Molotov et qu'un bus a été incendié à Belfast dans la nuit de mercredi à jeudi 8 avril. Ces violences surviennent après une semaine d'émeutes qui montrent que le feu couve dans la province britannique, où les conséquences du Brexit créent un sentiment de trahison chez les unionistes attachés à la couronne.

Avec notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix

Résultat de cette inquiétante escalade de violence dans les rues de Belfast, les unionistes ont désormais toute l’attention de Boris Johnson. L’avènement du Brexit depuis janvier a créé de vives tensions dans les communautés loyales à la couronne britannique ; elles ont vite compris qu’il y aurait dorénavant une grande différence de traitement entre la province nord-irlandaise et le reste du Royaume-Uni avec l’introduction de contrôles douaniers qui établissent une frontière commerciale en mer d’Irlande.

Les loyalistes se sentent, depuis, trahis par le Premier ministre britannique et ont le sentiment que la situation profite à leurs adversaires historiques républicains. Après des mois de grogne et de menaces voilées, largement ignorées par le gouvernement conservateur, la situation s’est brutalement détériorée et Boris Johnson ne peut plus détourner le regard.

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Le dirigeant a envoyé son ministre à l’Irlande du Nord, Brandon Lewis, à Belfast pour rencontrer les différents partis politiques locaux. Mais au-delà de ces gestes d’apaisement, de nombreuses voix à Belfast, Westminster et Dublin demandent maintenant à Boris Johnson de faire preuve de leadership, d’organiser des discussions inter-partis en Irlande du Nord et de s’engager résolument à protéger le processus de paix dangereusement fragilisé.

♦ Reportage dans un quartier d’ « interface », à la frontière entre les deux communautés : un sentiment d'abandon donne lieu à une semaine de tensions

Avec notre envoyée spéciale à Belfast, Émeline Vin

Encouragé par des adultes, des adolescents entassent des briques, prêts à les envoyer sur les forces de l’ordre. Lauren et David, travailleurs communautaires, n’ont pas vu de telle violence depuis des années. « Certaines scènes des derniers jours, en particulier les bus incendiés, font vraiment écho à la guerre civile. Ici, ça peut toujours potentiellement dégénérer… Mais il y a toujours la possibilité que les communautés se rassemblent », racontent-ils.

Certains habitants confient ne plus oser sortir après 18 heures ces jours-ci. D’autres, comme ce commerçant, soutiennent ces jeunes qui font face à la police : « Ils sont jeunes mais pas stupides ! Ils voient bien les discriminations policières, l’absence de soutien de nos députés. Moi, j’ai voté pour le Brexit, je voulais rendre sa grandeur au Royaume-Uni. Mais nous avons vraiment le sentiment d’être des citoyens de troisième zone, dans notre propre pays. »

La solution pour Lauren, la travailleuse communautaire : un gouvernement régional plus à l’écoute. « Tout ça, c’est parce que les gens ne se sentent pas entendus, dit-elle, c’est leur seule manière de se faire entendre. Ils ont le sentiment que leur identité leur est enlevée, mais si vous allez dans les autres communautés, c’est pareil : tout le monde a le sentiment que l’Irlande du Nord est toujours mise de côté. »

Pour la première fois en une semaine, des affrontements ont aussi eu lieu dans les quartiers républicains.

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