Violences devant le Parlement au onzième jour de manifestations indigènes en Équateur

© Santiago Arcos, Reuters

La tension ne faiblit pas en Équateur, malgré un geste du gouvernement qui a ouvert, jeudi, la Maison de la Culture à Quito aux manifestants indigènes qui se mobilisent contre le coût de la vie. Dans la soirée, un groupe a tenté de pénétrer dans l'enceinte du Parlement avant d'être dispersé par la police. Le bilan est de six morts depuis le début de la crise.

La police a dispersé jeudi 23 juin des manifestants qui tentaient d'envahir le Parlement à Quito, au onzième jour des protestations indigènes contre le coût de la vie qui continuent de plus belle en Équateur.

Ce jeudi, un manifestant de 39 ans a été tué d'une balle, et un jeune est mort auprès de lui. À Caspigasi, dans la banlieue de Quito, un indigène est mort dans un affrontement avec des militaires, selon l'Alliance, portant le bilan à six morts depuis le début de la crise. Elle a fait aussi état de 92 blessés et 94 interpellations depuis le 13 juin. La police a de son côté annoncé que 74 membres des forces de l'ordre avaient été blessés.

Poussant des cris de joie, plusieurs milliers d'indigènes ont d'abord pénétré dans l'après-midi dans la Maison de la Culture (CCE) à Quito, réquisitionnée depuis plusieurs jours par les forces de l'ordre, a constaté l'AFP. Ce centre culturel sert traditionnellement de point de rencontre aux indigènes dans la capitale et son libre accès représentait une des conditions des manifestants pour entamer des négociations.

"C'est une victoire de la lutte !", a salué mégaphone en main le leader indigène Leonidas Iza, dirigeant de la Confédération des nationalités indigènes d'Équateur (Conaie), plus grande organisation indigène du pays.

Le gouvernement a finalement autorisé les manifestants à investir ce lieu symbolique, "dans l'intérêt du dialogue et de la paix", a déclaré le ministre du Gouvernement, Francisco Jiménez, dans une vidéo transmise aux médias. "L'objectif est que cessent les blocages de rues, les manifestations violentes et les attaques dans différents lieux", a ajouté le ministre, tandis que le chef de l'État, Guillermo Lasso, diagnostiqué positif au Covid-19 mercredi, est contraint à l'isolement.

"Mauvais signe" ?

Objectif visiblement raté, puisque peu après, un groupe imposant de manifestants, mené par des femmes, a tenté de pénétrer dans l'enceinte du Parlement voisin. Les policiers déployés sur place les en ont empêché, en faisant usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Les marcheurs ont riposté avec violence en lançant des pierres, des feux d'artifice ainsi que des cocktails Molotov. La foule s'est ensuite retirée dans un parc voisin.

Le leader des manifestations, Leonidas Iza, qui se trouvait sur place, a estimé que c'était "un très mauvais signe alors que nous avions demandé à notre base de faire une marche pacifique".

Lors des manifestations de 2019, des manifestants avaient pris d'assaut le siège du gouvernement et brièvement envahi le Parlement, incendié le bâtiment de l'Inspection des finances et attaqué les locaux de deux médias. Les indigènes avaient alors rejeté la responsabilité sur des "infiltrés".

Près de 14 000 manifestants sont mobilisés dans tout le pays pour protester contre la hausse du coût de la vie et exiger notamment une baisse des prix des carburants d'après la police, qui estime leur nombre à près de 10 000 dans la capitale Quito.

En préalable à toute négociation, la Conaie exige aussi l'abrogation de l'état d'urgence en vigueur dans six des 24 provinces et dans la capitale, appuyé par un important déploiement sécuritaire et un couvre-feu nocturne. Le gouvernement rejette cette exigence et assure que les demandes des manifestants, juste sur les carburants, coûteraient à l'État plus de 1 milliard de dollars par an.

Le président conservateur au pouvoir depuis un an, voit dans cette révolte une tentative de le renverser. Entre 1997 et 2005, trois présidents équatoriens ont dû quitter le pouvoir sous la pression des autochtones.

Les manifestations ont fait 3 morts, 92 blessés et 94 personnes ont été arrêtées depuis le début de la crise, selon un bilan jeudi de l'Alliance des organisations des droits humains.

Avec AFP

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