Violences conjugales: trois femmes tuées par leur compagnon depuis le 1er janvier

Violences conjugales : comment AGIPI accompagne les victimes - (DR) AGIPI
Violences conjugales : comment AGIPI accompagne les victimes - (DR) AGIPI

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Trois féminicides en seulement quelques heures. C'est le terrible bilan de ce début d'année où trois femmes ont été tuées par leur compagnon. Un chiffre que dénoncent les associations féministes qui réclament encore plus de moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes en mettant notamment l'accent sur la prévention.

Samedi 1er janvier, une jeune militaire de 27 ans, affectée au camp de Fontevraud, a été poignardée mortellement de plusieurs coups de couteau par son compagnon. Son corps a été découvert dans les parties communes d'un petit immeuble à Chacé, près de Saumur, dans le Maine-et-Loire.

Les faits se sont produits dans l'immeuble où réside le frère du compagnon. Depuis quelques jours, ce dernier hébergeait le couple de militaires, affectés à deux régiments distincts. "Après une consommation importante d'alcool, le mis en cause est brusquement devenu agressif et violent à l'égard de son frère et de la victime", précise la procureure de Saumur dans un communiqué. Alors que son frère prévenait les services de gendarmerie à l'extérieur du domicile, l'homme a violemment sorti sa conjointe de l'appartement et lui a donné plusieurs coups de couteau sur le palier. L'autopsie de la victime a mis en évidence 10 plaies dont trois mortelles. L'homme de 21 ans a été interpellé au milieu de la journée de samedi, il a reconnu les faits lors de sa garde à vue.

Trois féminicides en quelques heures

En Meurthe-et-Moselle, un drame similaire s'est produit également samedi 1er janvier dans la matinée. Un homme d'une cinquantaine d'années est accusé d'avoir poignardé sa compagne à la suite d'une dispute. Les faits se sont passés à Labry, un village de 1500 habitants à l'ouest de Metz. Ce sont les voisins qui ont donné l'alerte, à leur arrivée, les gendarmes ont découvert la victime un couteau planté dans la poitrine.

Les policiers de Nice ont, de leur côté, retrouvé le corps d'une femme de 45 ans dans le coffre d'un véhicule appartenant à son compagnon qu'il avait garé chez son fils. Samedi soir, l'homme âgé de 60 ans s'est présenté au commissariat indiquant avoir eu une dispute avec sa compagne et précisant ne pas savoir dans quel état cette dernière se trouvait. Selon les premiers éléments de l'enquête, la victime aurait été étranglée. Le père et le fils, âgé de 24 ans, ont été placés en garde à vue.

Hausse des féminicides en 2021

Le grenelle contre les violences faites aux femmes avait permis la création de 46 mesures. Deux ans plus tard, 36 ont été réalisées et 10 sont en passe de l'être, selon les chiffres de France Inter. Parmi les avancées pour lutter contre les féminicides, le lancement 24h/24 et 7j/7 du 3919, le numéro d'appel à destination des femmes victimes de violences. Autre mesure: la possibilité d'obtenir une ordonnance de protection dans les six jours et la réquisition des armes à feu au domicile des conjoints violents dès le premier dépôt de plainte.

Il y a quelques mois, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti tapait du poing sur la table pour que le déploiement des bracelets anti-rapprochement s'accélère. Selon les derniers chiffres communiqués par les autorités, la mesure a été prononcée 679 fois par les tribunaux et 509 dispositifs sont actifs. Le gouvernement mise également sur le déploiement de 5000 téléphones grave danger en 2022.

En 2021, 113 féminicides ont été enregistrés en France, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. En 2020, ce chiffre s'élevait à 102. Une hausse qui s'accompagne également d'une augmentation des plaintes pour violences conjugales. Pourtant, selon les enquêtes de victimation, les violences conjugales sont trop peu suivies de plaintes. Seules 27% des victimes s'étaient déplacées au commissariat ou à la gendarmerie, 18% avaient déposé une plainte, chaque année en moyenne entre 2011 et 2018.

Un manque de moyens concrets dénoncé

Ce début d'année 2022 meurtrier avec ces trois féminicides ont provoqué la colère des associations, qui dénoncent un manque de moyens concrets et le manque d'actions. "Si on veut mettre un terme aux violences faites aux femmes, c'est absolument impossible de faire ça à budget constant, et même s'il y a une petite augmentation budgétaire, ce n'est rien par rapport à ce qu'il faudrait", déplore auprès de BFMTV Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des Femmes. Un rapport de l'association datant de fin 2020 estimait qu'il manquait 32 millions d'euros au budget de l'Etat pour 2021 rien que pour "héberger et accompagner les victimes de violences".

Le collectif #NousToutes dénonce un décalage entre les moyens mis en oeuvre pour lutter contre les violences conjugales et le nombre de victimes. "les mesures prises depuis le grenelle ont été de l'ordre du cosmétique", déplore auprès de BFMTV.com Sophie Barre, membre du collectif, qui dénombre 379 bracelts anti-rapprochement en septembre dernier pour 200.000 femmes victimes de violences conjugales.

"Ce qu'il faut bien comprendre c'est que les féminicides sont seulement le haut de l'iceberg et qu'il y a énormément de violences psychologiques et physiques qui arrivent avant le fait de tuer cette femme", déclare pour sa part Marylie Breuil, autre membre de #NousToutes évoquant ainsi les violences qui peuvent conduire aux "suicides forcés" qui coûteraient la vie à 209 femmes par an en France, selon un groupe de travail européen sur ce phénomène. "Dans une majorité des cas, les victimes ne rentrent pas dans le processus de prise en charge car elles ne sont aps prises en charge par les autorités", abonde Sophie Barre, dénonçant notamment le mauvais accueil dans les commissariats ou le trop grand nombre de plaintes classées sans suite.

Pour les associations féministes, les politiques publiques ont un impact uniquement répressif. Si des progrès ont été faits dans ce domaine, elles réclament plus de prévention et notamment une meilleure formation de tous les acteurs en lien de près ou de loin avec les victimes de violences conjugales.

Article original publié sur BFMTV.com

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