Violences conjugales: l'opérateur du 3919 appelle l'Etat à renoncer à une mise en concurrence

C.Bo.
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Le logo du numéro d'urgence contre les violences conjugales, le 3919 - Eric FEFERBERG © 2019 AFP
Le logo du numéro d'urgence contre les violences conjugales, le 3919 - Eric FEFERBERG © 2019 AFP

L'opérateur actuel de la ligne d'écoute 3919 pour les femmes victimes de violences a appelé ce vendredi le gouvernement à renoncer à une mise en concurrence pour désigner la structure qui continuera à assurer ce service.

Cette procédure relève en effet d'une approche "quantitative" et "mercantile", déplore la Fédération nationale Solidarité femmes (FNSF).

"Principalement axé sur des aspects quantitatifs, ce marché (public) fait craindre une détérioration majeure de l'aide et du soutien apportés aux femmes victimes de violences", dénoncent la FNSF et plusieurs organisations féministes ou de défense des droits fondamentaux, qui lui ont apporté leur soutien, dans un communiqué commun.

Cette procédure de marché public, lancée mi-décembre, doit aboutir d'ici quelques mois à un nouveau cadre juridique pour la ligne 3919, créée en 1992 par la FNSF, qui la gère depuis lors.

Ce changement doit aller de pair avec l'élargissement des horaires de la ligne d'écoute, qui doit à l'avenir être ouvert 24h/24 et accessible aux personnes sourdes ou ayant des troubles du langage. Actuellement la FNSF est liée à l'Etat - qui finance 80% du budget de la ligne - par une convention d'objectifs et de moyens.

Mais le gouvernement affirme qu'une procédure d'appel d'offres est indispensable pour des raisons juridiques, car la ligne sera désormais assimilable à un service public - puisque l'Etat en définira les objectifs et les modalités, et la financera à 100%.

"Le moment est particulièrement mal choisi"

La ministre chargée de l'Egalité femmes-hommes, Elisabeth Moreno, avait précisé en novembre que la FNSF avait "parfaitement la légitimité pour répondre à ce marché".

Les détails de l'appel d'offres, rendus publics le 15 décembre, ont cependant ravivé les inquiétudes de la FNSF. Selon elle, "les critères mis en avant pour le choix d'un prestataire sont essentiellement quantitatifs (durée et quantité des appels) et ne prennent pas en compte la qualité de l'écoute".

La procédure "relève d'une approche totalement mercantile", a dit la présidente de la FNSF, Dominique Guillien-Isenmann.

Elle estime en outre que "le moment est particulièrement mal choisi" pour cette réforme, alors que le nombre d'appels de femmes en détresse a explosé pendant les deux confinements.

Dans ces conditions, la FNSF n'est pour l'heure même pas sûre de se porter candidate, a-t-elle expliqué : "bien sûr nous voudrions continuer, mais pas à n'importe quel prix. En devenant un prestataire de l'Etat, nous y perdrions notre âme".

Si le gouvernement attribuait le marché à un autre opérateur, il pourrait être contraint de changer le numéro, la FNSF étant propriétaire du "3919", a affirmé Mme Guillien-Isenmann.

Une hypothèse pourtant réfutée par avance par les services de Mme Moreno, pour qui il n'est "pas question de changer" un numéro dont la notoriété a beaucoup augmenté depuis le Grenelle

Article original publié sur BFMTV.com