Viol par surprise: 8 ans de prison pour le septuagénaire qui usurpait l'identité d'un mannequin

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Image d'illustration d'un tribunal français - Thomas Samson - AFP
Image d'illustration d'un tribunal français - Thomas Samson - AFP

Jack Sion, plus connu sur Internet sous l'alias d'Anthony Laroche, a été condamné ce vendredi à 8 ans de prison pour "viol par surprise" sur trois femmes, par la cour criminelle départementale de Montpellier. Derrière les faits pour lesquels il a été reconnu coupable, un stratagème bien rodé. Durant plusieurs années, Jack Sion, 68 ans, a trompé de nombreuses femmes sur son physique, se faisant passer pour un apollon de 37 ans.

Il attirait ses prétendantes avec des photos de mannequin usurpées, muscles mis à l'honneur, et leur donnait rendez-vous à son domicile. Une fois sur place, il leur bandait immédiatement les yeux, avant de passer à l'acte sexuel.

Les yeux bandés

"Je devais arriver chez lui, mettre un bandeau, et qu’on se découvre d’une façon comme ça un peu unique, exceptionnelle", explique à BFMTV Valérie*, l'une des victimes, évoquant "la voix grave et autoritaire" qui l'a conduite jusqu'à la chambre à coucher. 876450610001_6278673128001

Mais en 2015, son plan tourne mal: après des ébats, une femme allume la lumière et les néons mettent à nu le subterfuge. Démasqué, la faux Anthony Laroche est dénoncé à la police.

Les enquêteurs découvrent que deux autres plaintes ont déjà été déposées contre lui, en 2009 et 2013, mais classées sans suite. Une troisième, datant de 2014, a en revanche donné lieu à une enquête toujours en cours à ce moment-là.

Les investigations établissent que le séducteur est en contact avec 342 femmes dans toute la France et qu'il possède des photos intimes de 200 femmes différentes. Au vu des éléments qui pèsent contre lui, Jack Sion est poursuivi pour "viol par surprise", un qualificatif qu'il estime incompatible avec la situation.

"Où est la surprise?"

"Vous me dites que dans la définition du viol, le législateur a également prévu la notion de surprise, indépendamment de la violence, de la contrainte et de la menace. Je vous réponds: où est la surprise quand quelqu'un vient spontanément pour vivre quelque chose dont elle a envie?", rétorque-t-il aux enquêteurs.

Cette notion de "surprise" ouvre un long débat juridique qui donne un temps raison au mis en cause. "Dans le cas présent, ce sont les plaignantes qui se rendent volontairement au domicile de Jack Sion", notent les magistrats en 2018. Mais un an plus tard, la cour de cassation opère un revirement en décidant que, dans cette affaire, le viol est bel et bien caractérisé, Jack Sion ayant "profité, en connaissance de cause, de l'erreur d'identification commise par une personne pour obtenir d'elle un rapport sexuel".

A l'audience, l'accusé a répété ne "jamais avoir eu conscience de commettre quelque chose de délictueux. J'ai beaucoup de peine de voir des dames qui souffrent", rapporte Midi Libre. Pour la défense de son client, Me Laurent Poumarède a plaidé que les plaignantes "avaient parfaitement accepté les règles du jeu".

"Violeur, menteur, manipulateur, prédateur"

Et d'ajouter: "En acceptant le scénario, elles ont accepté de ne découvrir l’identité de leur partenaire qu’après le rapport sexuel. Les plaignantes pouvaient retirer leur bandeau, le stratagème pouvait être mis en échec, il n’a pas trompé leur consentement. Il s’agit bien de la confrontation de deux sujets libres capables de dire oui, capables de dire non." Me Laurent Poumarède a fait appel de la décision de la cour criminelle.

De son côté, le ministère public qui avait requis une peine de 12 années de réclusion, a qualifié l'accusé de "violeur en série, menteur, manipulateur, un prédateur particulièrement cynique" jouant sur la situation "d'emprise" imposée à ses "proies".

*Le prénom a été modifié.

Article original publié sur BFMTV.com

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