Viol du "36" quai des Orfèvres: sept ans de prison requis en appel contre deux policiers

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Croquis d'audience réalisé le 14 janvier 2019, montrant Antoine Quirin (G) et Nicolas Redouane lors de leur premier procès devant la Cour d'Assises à Paris (AFP/Benoit PEYRUCQ) (Benoit PEYRUCQ)

Le ministère public a demandé mercredi la confirmation de la condamnation à sept ans de prison de deux policiers accusés du viol en réunion d'une touriste canadienne au 36 quai des Orfèvres en 2014, et jugés en appel par la cour d'assises du Val-de-Marne.

"La décision qui a été rendue il y a trois ans" lorsque les deux accusés avaient été condamnés en première instance à Paris à sept ans de prison, "était équilibrée", a estimé l'avocat général Christophe Auger dans son réquisitoire.

Lors de la soirée du 22 avril 2014, Emily Spanton, touriste canadienne, fait la rencontre de plusieurs policiers de la BRI, la Brigade de recherche et d'intervention, dans un pub irlandais situé en face du célèbre 36, quai des Orfèvres.

Alors que l'ambiance est au flirt, les agents proposent une visite de leurs locaux à Mme Spanton, très alcoolisée ce soir-là. Elle en ressort en état de choc, en dénonçant un viol en réunion.

"Est-ce que ces rapprochements au pub, initiés par les accusés, signifient qu'elle serait d'accord pour monter au '36' pour avoir des rapports sexuels? Parce qu'une femme a une jupe courte ou des shorts, elle voudrait forcément avoir des rapports sexuels?", s'est indigné l'avocat général, fustigeant des idées "d'une autre époque".

Lors de l'instruction, la plaignante avait identifié les deux accusés, Antoine Quirin et Nicolas Redouane, comme faisant partie des "trois ou quatre hommes" qui l'ont violée.

Ces deux hommes ont fait appel de leur condamnation en 2019 et clament toujours leur innocence.

L'ADN d'Antoine Quirin a été retrouvé à l'intérieur du vagin de la plaignante. Il l'a expliqué par une pénétration digitale consentie dans la voiture qu'il avait utilisée pour l'amener au "36" depuis le pub où ils s'étaient rencontrés.

"Hautement improbable", a rétorqué l'avocat général Christophe Auger, l'ADN ayant été retrouvé au fond du vagin.

Nicolas Redouane a lui raconté avoir eu une fellation, consentie, de la part de la plaignante. Elément à charge contre lui, le texto "C'est une touseuse (partouzeuse, NDLR). Dépêche", envoyé à un autre policier, un temps placé sous le statut de témoin assisté dans ce dossier.

"Lorsqu'ils étaient au pub, ils ne voulaient pas violer Emily Spanton", a estimé Christophe Auger dans son réquisitoire.

- "Forcer son consentement"-

"Ils pensaient pouvoir avoir une relation sexuelle consentie avec elle. Mais elle ne veut pas. Alors on lui sert un verre de whisky pour forcer son consentement".

L'avocat général s'est notamment appuyé sur "l'éclairage" apporté par le premier psychiatre à avoir vu Emily Spanton, 48 heures après les faits, alors qu'elle était "en état de stress aigu".

Entendu au cours des débats, qui durent depuis plus de deux semaines, ce psychiatre a indiqué que les "troubles psychotraumatiques" qu'elle présentait alors "correspondaient aux faits qu'elle dénonce".

"Il y a des incohérences et des choses imprécises dans son discours, mais aucune tentative de manipulation", a-t-il expliqué.

"C'est une tournante, difficile de savoir précisément qui fait quoi (…) Ils étaient trois ou quatre, elle en a reconnu deux qui sont devant vous", a rappelé mercredi matin lors de sa plaidoirie Me Mario Stasi, l'un des avocats de la partie civile.

L'autre avocat d'Emily Stanton, Me Sophie Obadia, a défendu sa cliente contre les attaques qu'elle a pu subir de la part de la défense concernant son mode de vie ou ses habitudes sexuelles, elle qui avait fait des préliminaires avec un touriste américain à Paris quelques jours avant les faits.

Sa cliente "n'est pas du tout celle qu'on nous a présentée, une Marie-couche-toi-là ou une chaudasse", a plaidé Me Obadia. "Elle a une sexualité mature et libre".

Son histoire, a-t-elle ajouté, "est l'archétype du parcours de la combattante d'une victime de viol: elle a dû inventer des petits mensonges pour être crue. Mais elle n'est pas folle, ce n'est pas une affabulatrice".

"Je dis comme avocate qu'on n'a pas à aller travailler à ce point la vie intime d'une plaignante ", a-t-elle déclaré, avant de conclure qu'elle espérait "rendre à Emily Spanton sa dignité de femme".

La parole sera donnée jeudi à la défense. Le verdict sera rendu vendredi, huit ans jour pour jour après les faits.

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