Une vingtaine de généraux cacochymes signent une tribune et la médiasphère s'enflamme

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[Chronique #8] Le tocsin est devenu un business model à l'ère du clash. Le Brexit et l'élection de Trump en ont prouvé l'efficacité. Et Marine Le Pen l'a bien saisi. C'est l'histoire de deux jeunes poissons qui nagent et croisent le chemin d'un poisson plus âgé qui leur fait signe de la tête et leur dit: «Salut, les garçons! L'eau est bonne?» Les deux jeunes poissons nagent encore un moment, puis l'un regarde l'autre et lui demande: «C'est quoi l'eau?» Cette petite histoire que le romancier américain David Foster Wallace (1961-2008) racontait à des étudiants en 2005 est une magnifique parabole de notre condition. Elle éclaire notre société numérique que Bruno Patino décrit dans son livre La civilisation du poisson rouge – Petit traité sur le marché de l'attention. «L'économie de l'attention détruit peu à peu tous nos repères, écrit-il. Notre rapport aux médias, à l'espace public, au savoir, à la vérité, à l'information, rien ne lui échappe. Le dérèglement de l'information, les “fausses nouvelles”, l'hystérisation de la conversation publique et la suspicion généralisée ne sont pas le produit d'un déterminisme technologique mais du régime économique choisi par les géants de l'internet.» La tribune des généraux qui occupe l'agenda médiatique depuis une semaine est un cas d'école de ces emballements politico-médiatiques dont la logique le plus souvent nous échappe. Il a suffi en effet qu'un capitaine de gendarmerie à la retraite publie un livre intitulé Les damnés de la France, classique inversion rhétorique à l'extrême droite, ressassant ses obsessions (le délitement de la France menacée par l'islamo-gauchisme et l'insécurité liée à l'immigration), qu'il en tire une «Lettre ouverte à nos gouvernants» signée par une vingtaine de généraux cacochymes (moyenne d'âge 75 ans) et qu'il crée un... Lire la suite sur Slate.fr.