Vin : le château Angélus se retire du prestigieux classement de Saint-Emilion

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Des bouteilles de vin du domaine Angélus, le 28 juin 2018 à Saint-Emilion (AFP/GEORGES GOBET)

Le célèbre château du vignoble bordelais Angélus a annoncé mercredi retirer sa candidature du prestigieux classement 2022 des Saint-Emilion, près de trois mois après la condamnation de son propriétaire pour prise illégale d'intérêt dans ce même classement.

"De source de progrès, le classement est devenu vecteur d'antagonisme et d'instabilité. (...) Angélus en prend acte et quitte ce système en se retirant du classement de 2022", indique le célèbre château dans un communiqué.

Lors du dernier palmarès en 2012, Angélus avait été promu premier grand cru classé "A", au sommet de la pyramide.

Mais fin octobre, au terme d'une longue procédure déclenchée par d'autres châteaux de l’appellation, son propriétaire Hubert de Boüard a été condamné à 60.000 euros d'amende pour prise illégale d'intérêt dans ce classement, reconnu coupable d'y avoir été à la fois juge et partie en siégeant au comité des vins de l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité), l'entité chargée du palmarès.

Cette condamnation "a été vécue comme une injustice insupportable" et a "achevé" la décision de se retirer du classement, "à l'étude depuis des années", a expliqué à l'AFP la directrice d'Angélus Stéphanie de Boüard-Rivoal, qui dénonce "une incapacité des instances collectives à défendre ce système méritocratique face aux attaques".

Selon elle, la marque Angélus "est suffisamment forte" pour faire sans le classement, qui garantit d'importantes retombées commerciales, financières et médiatiques aux châteaux primés.

Pour François Lévêque, courtier spécialiste des grands crus, ce retrait devrait avoir peu de conséquences au niveau des ventes car "la marque Angélus est très forte" et que désormais "c'est le marché qui fait le classement".

Créé en 1955, ce prestigieux classement des Saint-Emilion révisable tous les dix ans devient de plus en plus contesté, notamment devant la justice, pour ses critères de sélection, accusés d'accorder trop de place à des "éléments secondaires" (notoriété, accueil du public...) au détriment des "fondamentaux" (terroir, dégustation...).

Pour ces raisons, deux poids lourds historiques, les châteaux Ausone et Cheval-Blanc avaient déjà annoncé durant l'été qu'ils ne postuleraient pas au prochain palmarès.

Pas encore publié, le classement 2022 des Saint-Emilion a également été attaqué en justice par deux châteaux, Croix de Labrie et Tour Saint-Christophe, écartés de la sélection dans un premier temps.

Selon un expert en stratégie d'image dans le vin, ces déboires et le retrait surprise d'Angélus, "peuvent laisser croire à la fin de ce classement à terme" et traduisent "le climat délétère qui règne à Saint-Emilion".

"Ce n'est plus un classement mais un bateau ivre, une faillite abyssale de l'INAO", a jugé pour sa part Me Eric Morain, avocat spécialiste en droit du vin, à l'origine de la condamnation de M. de Boüard.

Contactés par l'AFP, l'INAO n'a pas souhaité commenter le retrait d'Angélus, tandis que le Conseil des Vins de Saint-Emilion dit avoir "pris acte de cette décision, motivée par des raisons personnelles".

Fondé à la fin XVIIIe siècle, le Château Angélus exploite 52 ha de vignes sur les 5.400 ha de l'appellation Saint-Emilion grand cru. Il produit 90.000 bouteilles de grands vins chaque année pour un chiffre d'affaires d'environ 18 millions d’euros en 2021.

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