Non, la ville de Grenoble ne fonctionne pas "100% à l'énergie renouvelable"

La ville de Grenoble fonctionne "100% à l'énergie renouvelable", a déclaré l'élue Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Marine Tondelier, le 11 septembre. Si en 2018, Gaz Electricité de Grenoble (GEG) s'était bien engagé à couvrir d’ici 2022 uniquement en énergies renouvelables "l’équivalent du niveau de consommation" des Grenoblois, cet objectif n'est pas encore atteint, notamment en raison de l'épidémie de Covid-19. L'énergie produite n'est par ailleurs pas réservée à Grenoble, mais injectée sur l'ensemble du réseau français, précise le groupe à l'AFP. Le maire EELV de Grenoble Eric Piolle évoque, lui, un "raccourci" qui ne doit pas pour autant éclipser le bilan écologique de sa ville.

Grenoble, ville à 100% énergie renouvelable ? Invitée sur franceinfo le 11 septembre, la conseillère régionale EELV dans les Hauts-de-France Marine Tondelier a mis en avant le bilan des villes tenues par les écologistes, au premier rang desquelles Grenoble, dirigée par les Verts depuis maintenant huit ans.

"L'intérêt des villes écologistes, c'est qu'elles n'ont pas attendu la crise énergétique, c'est tout l'inverse d'ailleurs", a souligné Marine Tondelier. "Notamment, je prends l'exemple de Grenoble, elle est devenue écologiste en 2014 donc on a plus de recul : Eric Piolle, dès 2014 avec son équipe, a mis 200 millions sur la table et résultat aujourd'hui c'est une ville qui fonctionne 100% à l'énergie renouvelable, 100%"

"Donc vous allez me dire "il y a des montagnes c'est facile" mais la France est une grande nation géographique, il y a des fleuves, des montagnes, des façades maritimes, du vent, du soleil, il y a plein de manières de faire, et donc, en fait, on n'a plus d'excuses", a-t-elle ajouté.

Cette affirmation n'est pas nouvelle. En janvier 2022 déjà, Yannick Jadot, alors candidat à l'élection présidentielle, avait vanté le bilan d'Eric Piolle à la tête de Grenoble - ville sacrée capitale verte européenne 2022 par la Commission européenne.

"On va s'inspirer de ce qui est fait à Grenoble : 100% d'énergies renouvelables locales d'ici la fin de l'année, les transports, le vélo, l'alimentation, l'ensemble d'un mieux vivre en ville", avait déclaré lors d'une visite sur place M. Jadot.

Attention : l'objectif d'atteindre en 2022 une production d'électricité verte "équivalente au niveau de consommation des 166.000 Grenoblois" a bien été évoqué en 2018 par Gaz électricité de Grenoble (GEG) mais l'objectif a pris du retard en raison de la pandémie de Covid-19 et ne devrait pas être atteint avant fin 2023, début 2024. Par ailleurs, la production produite ne sera pas exclusivement réservée aux Grenoblois mais sera injectée dans le réseau français dans son ensemble.

Grenoble, 26 janvier 2017 ( AFP / JEAN-PIERRE CLATOT)

Revenons en 2018 : en mars, l'énergéticien public local présente un plan d'investissement de 125 millions d'euros visant à couvrir, en 2022, l'équivalent du niveau de consommation des 166.000 Grenoblois uniquement en énergies renouvelables, comme en rend compte une dépêche AFP datée du 9 mars de cette année là.

GEG entendait quasiment tripler une production déjà 100% renouvelable de 144 gigawatts-heure (dont 97 en hydroélectricité, 16 en éolien, 12 en photovoltaïque et 19 en biométhane) à presque 400 GWh (dont 143 en hydroélectricité, 209 en éolien, 27 en photovoltaïque et 19 en biométhane), selon cette même dépêche. Ce niveau de production "représente le niveau de consommation des particuliers grenoblois", précise à cette époque Christine Gochard, directrice générale de GEG.

Le compte Twitter du groupe reprend également des propos tenus le même jour par Vincent Fristot, adjoint au maire de Grenoble chargé entre autres de la question de la Transition énergétique.

Un an plus tard, le 2 mai 2019, GEG titre sur son blog "D’ici 2022, 100 % des besoins des Grenoblois couverts en électricité verte !".

Capture d'écran du blog de Gaz Électricité de Grenoble (GEG), prise le 13 septembre 2022

Le contenu de l'article est plus précis : il n'est pas question en réalité de couvrir les besoin des Grenoblois mais de donner une échelle de grandeur : le "plan d’investissements de 125 millions d’euros vise à couvrir d’ici 2022, uniquement en énergies renouvelables, l’équivalent du niveau de consommation des 166.000 Grenoblois."

Mais l'objectif ne concerne pas seulement Grenoble : "Avec ce plan d’investissements ambitieux, l’énergéticien des Alpes sera en mesure, dès 2022, d’injecter sur le réseau électrique français 400 GWh par an d’électricité renouvelable depuis ses propres ouvrages hydroélectriques, photovoltaïques et éoliens. Cette production correspond à la consommation électrique annuelle des particuliers grenoblois."

Contacté par l'AFP le 13 septembre 2022, GEG confirme que l'objectif annoncé en 2018 était bien d’injecter dans le réseau national l’équivalent de la consommation des particuliers grenoblois et que la production ne sera donc pas exclusivement réservée aux Grenoblois.

Compte tenu de la pandémie de Covid-19, l'objectif initial d'atteindre 400 GWh de production "verte" ne sera plus atteint en 2022 mais plutôt fin 2023, début 2024, précise Christine Gochard, la directrice du groupe.

Eric Piolle, à Grenoble, le 25 août 2022 ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE)

Pour Eric Piolle, l'affirmation de Marine Tondelier est un "raccourci" qui ne doit pas éclipser le bilan écologique de Grenoble.

Contacté par l'AFP le 13 septembre 2022, l'édile EELV déplore des "débats parasites, parallèles qui détournent des gros sujets structurants". "Comme toujours, quand vous avez 30 secondes par sujet, vous n'êtes pas à l'abri de faire des raccourcis".

Grenoble ne fonctionne effectivement pas à 100% d'énergies renouvelables "ne serait-ce que parce que cela ne concerne que l'électricité" et que s'il y a eu des avancées sur la question "de la mobilité des transports", il y a "encore du travail à faire".

"Yannick Jadot avait suscité les mêmes réactions, je suis toujours étonné par cette capacité à dénigrer ce qui est fait alors que c'est l'un des seuls endroits où c'est fait", poursuit Eric Piolle. "Si tout le monde faisait comme ça, nous aurions fait une mutation énergétique majeure. Donc, oui, cette polémique est fondée en matière technique, mais totalement infondée sur la conduite du changement et sur la transition".

L'élu en profite pour revenir sur les avancées de ces dernières années dans sa ville, du plan d'investissement de GEG mentionné plus haut, à la création d'une nouvelle centrale biomasse en passant par le titre de capitale française du vélo et le retrait des publicités dans les rues dès 2014.

Sacrée capitale verte européenne, Grenoble a succédé début 2022 à la ville finlandaise de Lahti comme lauréate de ce titre qui récompense des mesures "exemplaires" en matière d'environnement et de développement durable. La capitale de l'Isère est la 13e ville d'Europe à recevoir cette distinction et la 2e en France après Nantes en 2013.

"Ce titre est plus qu'une formidable reconnaissance du chemin parcouru. C'est un encouragement à aller plus vite, plus haut, plus fort, par delà les différences partisanes et géographiques", avait réagi au moment de l'annonce Eric Piolle.

"C'est un point d'appui cette capitale verte", confirme-t-il aujourd'hui. "Derrière, ça nous a notamment permis de créer un conseil scientifique, de faire un comité rassemblant des centaines d'entreprises et on a également embarqué le monde de la culture et du sport qui était plutôt en retard."