Les vignerons du Midi se rappellent au souvenir des candidats à la présidentielle

Loïc VENNIN
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Manifestation de vignerons à Narbonne pour interpeller les candidats à la présidentielle et réclamer la fin de la "concurrence déloyale" des vins espagnols, le 25 mars 2017

Narbonne (AFP) - "La colère monte chaque jour d'un cran": de 1.500 à 4.000 vignerons, selon les sources, ont manifesté samedi à Narbonne pour interpeller les candidats à la présidentielle et réclamer la fin de la "concurrence déloyale" des vins espagnols.

Sur une estrade installée au pied de l'hôtel de ville de Narbonne, Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l'Aude, a harangué des manifestants venus de tout le Midi viticole, des Pyrénées-Orientales au Gard, en passant par l'Hérault.

"La colère monte chaque jour d'un cran. Notre patience a des limites", a lancé le numéro un du premier syndicat de vignerons en France, qui revendique 4.000 adhérents.

"Nous sommes venus jeter une grosse bouteille de vin dans la campagne électorale", a ajouté le syndicaliste, devant 1.500 manifestants selon une source policière, 4.000 selon les organisateurs.

"Si les candidats ne nous écoutent pas, les discours changeront après les vendanges", a-t-il averti.

"Vous ne pouvez plus nous laisser seuls face à la folie du profit. L'Europe a-t-elle été faite pour nous protéger ou pour nous tuer?", a ajouté M. Rouanet. Il a dénoncé des importations de vin qui "ne cessent de progresser" et une grande distribution qui "vend des vins espagnols maquillés en vins français".

- Première terre viticole exportatrice -

"Nous ne voulons plus de vins d'importation", a lui aussi affirmé Xavier Fabre, président du Syndicat des vignerons gardois. "Nos caves sont pleines. Il nous reste 25% de notre production à écouler et pourtant, des marques vendent des vins espagnols en faisant croire que c'est français", a enragé le producteur.

Vendredi soir, les locaux d'un négociant en vins, notamment espagnols, ont été incendiés à Béziers, dans l'Hérault voisin. L'action a été revendiquée par le Comité régional d'action viticole (Crav), sorte de bras armé des viticulteurs du Midi.

"Ils mettent un clocher et un béret sur l'étiquette et ils vendent ça pour du vin français", a renchéri Arnaud Aribaud, président des Jeunes agriculteurs de l'Aude.

Les vignerons s'estiment victimes d'un traitement inégal au sein de l'Union européenne. Les vins espagnols et italiens "bénéficient de charges moins importantes sur leurs salariés" et d'une réglementation plus laxiste sur le plan environnemental, accuse le Syndicat des vignerons de l'Aude.

Première terre viticole exportatrice de vins de l'Hexagone, le Languedoc produit le tiers du vin français. Quelque 30.000 vignerons cultivent ses 246.000 hectares.

Les viticulteurs du Midi ont d'autant plus un sentiment de frustration qu'ils ont fait leur propre aggiornamento ces dernières décennies : longtemps terre du vin de table bon marché, la filière s'est largement recentrée vers la qualité. Une grande partie des vignes les moins qualitatives ont été arrachées : la moitié des surfaces dans l'Aude entre 1995 et 2012.

Sur le marché international, les Corbières et autres La Clape sont aujourd'hui reconnus et la région exporte environ 35% de sa production. Mais de nombreux vignerons souffrent encore, en particulier ceux qui continuent à produire du vin de table, qui est directement concurrencé par l'Espagne, meilleur marché.

La manifestation s'est dispersée dans le calme en fin d'après-midi mais, quelques heures plus tard, quelques dizaines de viticulteurs ont saccagé le rayon vin d'un supermarché à l'entrée sud de Narbonne, après en avoir barré l'accès avec des pneus brûlés.

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