«La vie des Noirs compte», proclame le Parlement européen

« La vie des Noirs compte », proclame le Parlement européen dans une résolution adoptée vendredi, reprenant à son compte le mot d'ordre « Black Lives Matter » du mouvement mondial parti des États-Unis contre le racisme et les violences policières. Les élus européens déclarent également dans cette résolution que la traite des esclaves est « un crime contre l'humanité ».

Cette résolution, adoptée vendredi 19 juin au soir par 493 voix pour, 104 contre et 67 abstentions, est une réponse directe aux manifestations qui se multiplient depuis le décès de George Floyd, mort asphyxié lors de son interpellation par la police à Minneapolis, aux États-Unis mais aussi en Europe et partout dans le monde.

Dans son texte, le Parlement européen « condamne vivement la mort effroyable de George Floyd aux États-Unis, ainsi que les meurtres similaires ailleurs dans le monde ».

Il affiche son soutien aux récentes manifestations contre le racisme et la discrimination et condamne le « suprématisme blanc sous toutes ses formes ».

Les eurodéputés réprouvent les interventions de la police contre « des manifestants et des journalistes américains pacifiques », ainsi que la « rhétorique incendiaire » du président américain Donald Trump.

« Le recours excessif à la force contre la foule est contraire au principe de proportionnalité », écrivent-t-ils.

La résolution souligne par ailleurs que les discours racistes et xénophobes ne relèvent pas de la liberté d'expression.

Lors du débat mercredi en plénière, une eurodéputée allemande d'origine africaine, Pierrette Herzberger-Fofana (écologiste), avait affirmé avoir été victime la veille de violences policières à Bruxelles alors qu'elle photographiait une intervention qu'elle jugeait abusive, une version contestée par la police belge.

Une résolution a minima à l'ONU

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a lui aussi adopté vendredi, à l'unanimité, une résolution condamnant le racisme systémique et les violences policières, rapporte notre correspondant à Genève,  Jérémie Lanche. Une condamnation par consensus mais a minima. Car si le cas George Floyd figure dans la résolution adoptée par le Conseil des droits de l'homme, les États-Unis ne sont plus mentionnés. C'était pourtant ce qu'avaient demandé les pays africains à l'origine du texte.

En quelques jours, le contenu de la résolution a fondu comme neige au soleil. Le texte initial réclamait la création d'une commission d’enquête sur les brutalités policières aux États-Unis. Les enquêteurs, dont la résolution demandait qu'ils aient accès au territoire américain, auraient également eu la charge d'examiner la gestion des manifestations par les autorités. Surtout, ils auraient pu contribuer à traduire en justice les auteurs de violences. Rien à voir avec le texte adopté par consensus. Il demande simplement à la Haut-Commissaire aux droits de l'homme de préparer un rapport sur le racisme  et les mauvais traitements contre  les personnes d’origine africaine par les forces de l’ordre. Les États-Unis ne sont plus cités.

Le représentant du Burkina Faso, qui portait la résolution, a reconnu avoir fait de nombreuses concessions pour que le texte passe. L'American Civil Liberties Union dénonce en revanche le harcèlement de Washington sur les pays africains pour édulcorer une résolution qui aurait pu être historique. 

À noter que Washington s'est retiré du Conseil des droits de l'homme en 2018.

Biro Diawara est responsable du programme de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO) auprès des Nations unies à Genève. Pour lui, c'est un bon début mais le combat continue pour les défenseurs des droits humains.