VIDEO. Une semaine d'escalade des tensions entre la Chine et l'Europe

En matière de diplomatie, la Chine semble jouer selon ses propres règles. Que ce soit vis-à-vis de la France ou de l'Union européenne, Pékin a multiplié cette semaine provocations et sanctions envers des chercheurs mais aussi des parlementaires européens. Une attitude qui a amené Paris à convoquer, mardi 23 mars, l'ambassadeur de Chine en France. Sur Twitter, l'ambassade de Chine en France a copieusement insulté le chercheur Antoine Bondaz, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Pour avoir publié une analyse sur Taïwan, un territoire disputé et un sujet épineux pour Pékin, Antoine Bondaz a été traité de "petite frappe", de "hyène folle" ou encore de "troll idéologique" dans un communiqué. "La Chine s'est engouffrée dans la brèche de cette nouvelle diplomatie du tweet, qui a été démocratisée par Donald Trump", analyse Marc Julienne, spécialiste de l'Asie à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Le sulfureux ambassadeur chinois en France, Lu Shaye, déjà bien connu pour ses déclarations controversées, a été convoqué mardi par le ministère des Affaires étrangères pour répondre notamment de ces insultes, mais il ne s'est pas rendu à ce rendez-vous, prétextant un problème d'"agenda". Les sanctions pleuvent de chaque côté Sur le front européen, la Chine a vivement réagi à la décision des ministres des Affaires étrangères de l'UE, qui ont inscrit, lundi 22 mars, quatre dirigeants chinois et une entité de la région du Xinjiang (ouest de la Chine) sur la liste des sanctions pour les violations des droits humains contre la minorité des Ouïghours. En représailles, Pékin a ciblé dix personnalités européennes, dont plusieurs élus du Parlement européen, en leur interdisant tout séjour en Chine, à Hong Kong et à Macao. "Cela marque un tournant dans leurs relations bilatérales, car en visant des parlementaires, la Chine force les gouvernements [européens] à prendre position, souligne Marc Julienne. Et si les gouvernements doivent prendre position, on pense qu'ils vont quand même défendre leurs parlementaires, leur Constitution, leur liberté et leur Etat de droit." En plus de ces élus, les chercheurs de l'Institut Mercator pour les études sur la Chine (Merics), basé à Berlin, ont également été placés sur liste noire. "Je trouve ça inquiétant puisque la recherche est justement un vecteur de discussion, de dialogue entre l'Europe et la Chine", déplore Marc Julienne, en réaction à ces sanctions et aux insultes proférées contre le chercheur Antoine Bondaz. "On a du mal à voir comment les relations vont pouvoir s'apaiser sur le plan commercial et sur le plan politique, surtout si la Chine surenchérit", estime le spécialiste.