VIDEO. Et si le "Salvator Mundi" n'avait pas été peint par Léonard de Vinci ?

Devenu "le tableau le plus cher du monde", le célèbre Salvator Mundi, acquis en 2017 par le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, pour la somme de 450 millions de dollars (375 millions d'euros), est au cœur d'un documentaire réalisé par Antoine Vitkine*. Deux ans de travail auront été nécessaires au réalisateur pour raconter l'incroyable parcours de ce tableau qui a enflammé le monde de l'art. Une enquête riche en rebondissements, jalonnée de personnages aux profils singuliers dignes d'un film policier sur fond de secret d'état. Au fil de cette saga, Antoine Vitkine tente de démêler le vrai du faux entre ceux qui veulent croire à tout prix que l'œuvre est de Léonard de Vinci et ceux qui l'attribuent à l'un de ses élèves. Acheté pour quelques dollars Peint au XVIe siècle, le Salvator Mundi est acheté une poignée de dollars par un marchand d'art new-yorkais lors d'une vente aux enchères en 2005. Après l'avoir fait restaurer, il est persuadé que ce tableau est un Léonard de Vinci et décide de le faire expertiser. Si la plupart des spécialistes, perplexes, ne se prononcent pas, Martin Kemp, l'un des plus émérites, valide son authenticité. Sous l'impulsion d'un conservateur de musée ambitieux, le tableau est exposé en 2011 à la National Gallery de Londres. Il est officiellement légitimé et son prix s'envole. Sur les conseils de son marchand d'art suisse, Dmitri Rybolovlev, milliardaire russe installé à Monaco, achète "le sauveur du monde" 127,5 millions de dollars en 2013. Quelques années plus tard, par la voix de son avocat français Hervé Temime, l'oligarque porte plainte pour escroquerie contre son marchand d'art qui aurait empoché plus de 40 millions de dollars sur son dos, le prix initial du tableau étant en réalité de 80 millions de dollars. Dmitri Rybolovlev décide de revendre le tableau en 2017 et le confie à la maison de vente aux enchères Christie's, qui met en place une stratégie marketing hors norme. Une stratégie payante puisque Salvator Mundi atteint la somme record de 450 millions de dollars. Un doute sur son authenticité Mais un grand nombre d'experts internationaux continuent de mettre en doute son authenticité. Ils sont persuadés qu'il a été peint par un des élèves du maître. Certains soupçonnent Christie's d'avoir volontairement omis de noter dans son catalogue de vente que le tableau provenait de "l'atelier de Léonard de Vinci". Selon un journaliste britannique, spécialiste du monde de l'art, l'illustre maison de ventes souhaite ainsi cacher l'absence de consensus des experts autour de l'authenticité de l'œuvre. Son nouveau propriétaire, le prince héritier Mohammed Ben Salmane, désirait l'exposer au musée du Louvre à l'occasion de la rétrospective consacrée à Léonard de Vinci pour les 500 ans de sa mort en 2019. Lors d'une visite officielle en France un an auparavant, il avait fait part de son désir à Emmanuel Macron. Mais le tableau ne sera jamais exposé aux côtés de La Joconde. Une expertise menée en secret dans un laboratoire ultra perfectionné du Louvre, à la demande des Saoudiens, confirme ce que nombre de spécialistes suspectaient : le Salvator Mundi n'a pas été peint par Léonard de Vinci. Le tableau sort bien de son atelier, mais le maître n'y aurait apporté "qu'une maigre contribution", précise anonymement un haut-fonctionnaire. Depuis 2017, le Salvator Mundi n'est jamais réapparu en public mais cristallise toujours fantasmes et spéculations. Sa rocambolesque histoire nourrit sa légende et fait presque oublier qu'il serait en réalité estimé à 20 millions de dollars. * Salvator Mundi : la stupéfiante affaire du dernier Vinci, diffusé mardi 13 avril à 20h50 sur France 5.