VIDEO. Saint-Martin-de-Crau : des tonnes de déchets enfouis illégalement dans une manade, au cœur d'un site protégé ?

Dans la plaine de la Crau, un site protégé proche de la Camargue, le ballet des semi-remorques a commencé en janvier 2020. Il a duré six mois. Une noria de camions portant le sigle de sociétés spécialisées dans le transport et le recyclage de déchets. Que venaient-ils faire sur les terres d'une famille influente, respectée dans le milieu de l'élevage taurin et bien connue dans la région ? Leur manade aurait-elle servi illégalement au trafic et au stockage de déchets ? "Leur but, c'était de faire un trou suffisamment grand pour enfouir le contenu d'un camion" A Saint-Martin-de-Crau, les riverains avaient connaissance de ce scandale environnemental, mais ceux qui se sont risqués à protester auraient été victimes d'intimidations. Pour "Complément d'enquête", un seul a accepté de témoigner, à visage caché (sa voix a été maquillée). "Quand on passait sur la grande route qui va d'Arles à Fos, raconte-t-il, on pouvait voir de très grosses pelles mécaniques, qu'on n'a pas l'habitude de voir sur des exploitations agricoles. Leur but, c'était d'agir vite, de faire un trou suffisamment grand pour enfouir [le contenu d']un camion, et de le reboucher en attendant que l'autre camion arrive." De gigantesques trous creusés à la pelle mécanique pour recevoir le contenu des bennes... Les propriétaires de la manade évoquent un remblai destiné à la construction d'un hangar, mais selon la mairie, ces tonnes de gravats auraient été enfouies sur presque un hectare. Loin d'un simple "arrangement" des propriétaires avec des entreprises locales, il s'agirait, selon les experts de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP), d'un trafic organisé à grande échelle. "Si ces déchets sont susceptibles de générer une pollution, elle pourrait très vite rejoindre les eaux souterraines" Ce n'est pas tout : sur les lieux, les autorités ont aussi découvert des montagnes de plastique. Réduit à l'état de confettis, il était destiné à être incinéré. Début 2020, selon le témoin, "les brûlages avaient lieu le soir et la nuit. Et là, les plaintes de riverains ont fait que la police est intervenue, et donc les brûlages se sont arrêtés, et tous ces plastiques qui devaient être brûlés, par la suite, ont été enfouis". Illégal, cet enfouissement pourrait aussi s'avérer polluant. Sur cet espace protégé très sensible affleure une nappe phréatique qui alimente en eau potable 12 communes et 270 000 habitants. Pour le Syndicat mixte de gestion de la nappe phréatique de la Crau (SYMCRAU), le risque sanitaire est évident. La nappe de la Crau est "très proche de la surface et non protégée par une couche imperméable de type argile", explique Charlotte Alcazar, la directrice. "Donc si la nature de ces déchets est susceptible de générer une pollution, cette pollution pourrait très, très rapidement rejoindre les eaux souterraines…" Pour l'instant, les mesures n'ont pas détecté de contamination de la nappe. Il faudra de multiples analyses avant d'envisager une éventuelle dépollution des terrains. Extrait de "Décharges illégales, un scandale français", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 25 mars 2021. > Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo et son application mobile (iOS & Android), rubrique "Magazines".