VIDEO. Les producteurs d'huile de palme labellisée par le WWF ont-ils vraiment cessé de ravager la forêt primaire ?

Depuis septembre 2020, la lutte contre la déforestation est devenue le grand combat du WWF (World Wildlife Fund, ou Fonds mondial pour la nature). Parmi ses priorités, la forêt tropicale de Bornéo. Sur cette île vaste comme une fois et demie la France, elle représente à elle seule 6% de la biodiversité mondiale. Selon le WWF, c'est l'un des espaces naturels les plus menacés par l'activité humaine. En quarante ans, 30% de la forêt primaire a disparu sur Bornéo, remplacée en partie par 12 millions d'hectares de palmiers à huile. A Bornéo, la culture de l'huile de palme fait vivre des millions de paysans. Elle assure aussi la fortune des multinationales de l'agroalimentaire. "Les zones riches en biodiversité sont sous stricte protection", selon le WWF Pour sauver la forêt tropicale et notamment les orangs-outans, menacés par la perte de leur habitat naturel, le WWF est passé à l'attaque. Son objectif : faire adopter par l'Union européenne une loi qui interdirait toute importation d'huile de palme non durable sur son territoire. Le texte devrait être proposé au printemps 2021. En attendant, l'ONG actionne un autre levier, en classant les entreprises qui utilisent de l'huile de palme pour fabriquer leurs pâtes à tartiner, mayonnaises, dentifrices... et même lessives. Pour être bien classé, il faut respecter un label, le RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil, Table ronde sur l'huile de palme durable). Pour le créer, en 2004, "le panda" s'est allié au premier utilisateur d'huile de palme au monde : un groupe agroalimentaire propriétaire de dizaines de marques présentes dans tous nos hypermarchés, Unilever. Selon le WWF, le RSPO "contribue à protéger la nature et les hommes", en mettant "les zones riches en biodiversité et les espèces menacées sous stricte protection". Mais d'autres associations de défense de l'environnement doutent aujourd'hui de son efficacité. "La certification RSPO ne garantit en aucun cas l'absence de déforestation" (Greenpeace) Interrogé par "Complément d'enquête", Chanee, un Français qui vit à Bornéo depuis vingt ans et milite pour la sauvegarde de la biodiversité en Indonésie, se montre très critique sur l'efficacité du label créé par le WWF. Selon lui, "l'industrie de l'huile de palme a quasiment fini le job à Bornéo, parce que les zones qui les intéressaient en priorité sont quasiment déjà toutes déforestées". Un constat partagé de manière plus catégorique encore par Greenpeace, qui écrit dans un rapport : "La certification RSPO ne garantit en aucun cas l'absence de déforestation." David Gaveau, lui, est cartographe. Grâce à des cartes satellites de la Nasa, il a localisé toutes les plantations des cinq plus gros producteurs d'huile de palme labellisée RSPO à Bornéo. D'après les calculs du chercheur, le RSPO n'aurait pas freiné la déforestation, bien au contraire. "Une accélération de la déforestation à partir de 2004", date de la création du RSPO Le cartographe a même constaté "une accélération de la déforestation dans ces concessions-là à partir de 2004". Comment expliquer que ces chiffres atteignent des sommets entre 2004 et 2012, malgré le label ? Selon David Gaveau, l'expansion des plantations a tout simplement suivi l'augmentation du prix de l'huile de palme. Pour le voir, il suffit de superposer les deux courbes. "Si on regarde au niveau global, conclut-il, le label RSPO n'a pas réussi à enrayer la déforestation due à l'expansion de l'huile de palme." L'ONG assure que les critères du label ont été durcis depuis 2018. Par mail, la direction du WWF a répondu à "Complément d'enquête" que "la déforestation est désormais complètement interdite dans les concessions labellisées". Extrait de "WWF : à quoi joue le panda ?", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 18 février 2021. > Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo et son application mobile (iOS & Android), rubrique "Magazines".