VIDEO. A Marseille, quand les paquebots restent à quai, la pollution décolle

Un navire de croisière, même à quai, ça pollue. Les volutes de fumée s'élèvent toujours au-dessus des cheminées. Du haut de son jardin qui surplombe le port, Michèle Rauzier connaît bien le problème. Selon elle, depuis le début de la pandémie, l’air est devenu irrespirable : "Dix-sept bateaux de croisière qui restent toute l’année, c’est énorme. Mois je respire, je subis, je vis à côtré de ces bateaux." Mais comment se fait-il que lorsque la croisière ne s’amuse plus, les moteurs restent en marche ? Sur place, il y a toujours de la vie à bord, une centaine de membres d’équipage et d’entretien. Ils cuisinent, se douchent, se chauffent. Pour alimenter cela, le navire utilise un générateur qui fonctionne avec les moteurs du bateau, au fioul. Un fioul cent fois plus polluant que celui d’une voiture diesel. Les émissions d'oxyde d'azote, multipliées par six Michèle Rauzier a installé des capteurs de mesures des particules fines. Elle y observe une pollution en moyenne une fois et-demi supérieure au seuil préconisé par l’organisation mondiale de la santé. Mais comment prouver que l’excès des émissions provient exclusivement des paquebots ? Le collectif de riverains demande l’installation urgente de capteurs sur le port. "On est révoltés par le fait que nous ne sommes pas entendus par le port, pointe Guillaume Félisaz, on leur demande de mettre des capteurs, ils ne le font pas, en fait c’est délibérément une position de déni de leur part." Dix fois plus de présence des navires Une pollution que les riverains ne sont pas les seuls à observer. L’organisme de surveillance de la qualité de l’air, AtmoSud agréé par le ministère de l’Environnement, vient de publier une étude alarmante. Depuis mars 2020, date du premier confinement, les émissions d’oxyde d’azote liées aux paquebots auraient été multipliées par six, explique son directeur, Dominique Robin : "Quand on a 10 fois plus de présence de navires dans un port et chacun peut le comprendre malheuresement ça engendre une pollution supérieure. Cela représente quand même une activité qui ressemble à une petite ville." De leur côté, les croisiéristes admettent une certaine pollution mais évoquent une situation exceptionnelle due à la pandémie. Plus de paquebots de croisière à quai, mais beaucoup moins de navires de commerce rétorque le directeur du développement du port, Jean-François Suhas : "Ces bateaux vont partir, mais sincèrement il y a plus de paquebots aujourd’hui mais tellement moins d'autres bateaux de commerces qu’on est sur une pollution quasiment identique." D’ici à 2025, l’Etat en lien avec les collectivités, s’est engagé à rénover les quais pour connecter les bateaux de croisière au réseau électrique, en espérant que d’ici là, les cheminées de bateau reprennent le large. Parmi nos sources : L'article de nos confrères de Mars Actu qui pointe les problèmes de pollution liée au stationnement des paquebots. Les capteurs du collectif de riverains dont on peut retrouver les calculs ici. La page Facebook du collectif de riverains Cap au Nord de Marseille. Un article des Echos sur la pollution des paquebots. L'étude d'AtmoSud sur la pollution des bateaux ci-dessous.