VIDEO. "L'Etat s'est retiré de la ruralité et ce sentiment d'abandon est ce que ressentent tous les médecins qui partent à la retraite"

"Après mes consultations, je repars souvent en visite le soir. Là, c’est fatiguant au possible. C’est un peu cette course après le temps qui m’a épuisé. C’est aussi travailler treize à quatorze heures, voire plus, tous les jours. Je ne voudrais pas finir mon activité sur des erreurs médicales parce que je n’ai pas été vigilant ni réactif. J’ai mes limites et je me rends compte le soir que je suis complètement épuisé", confie le docteur Patrick Laine au magazine "13h15 le dimanche" (replay). Ce médecin de campagne septuagénaire à Saulnot, en Haute-Saône, a longtemps repoussé la fermeture de son cabinet dont la salle d’attente affiche complet, faute de remplaçant dans la région. La crise sanitaire liée au coronavirus Covid-19 a sans doute compté dans sa prise de décision qui va enfin lui permettre de passer beaucoup plus de temps avec sa femme. Ce jour-là, sa longue tournée de visites à domicile le conduit chez un couple dont il prend soin depuis bien longtemps. "Je lâche mes patients... mais je n’abandonne pas tout le monde" "On est bien content d’avoir un docteur dévoué qui ne pense pas à lui mais à tous ses patients", dit la dame qui rend ainsi hommage à sa constante attention, au plus près des gens qui font appel à lui depuis plus de trente-cinq ans. Après avoir pris la tension de Fernand et rédigé son ordonnance, le médecin généraliste prend un ton grave pour annoncer la nouvelle que redoutait depuis quelques années sa patientelle : "Oui… alors… je voulais aussi vous dire que… je vais cesser mon activité… je lâche mes patients... mais je n’abandonne pas tout le monde. Je viendrai encore vous voir Fernand." Celui-ci encourage sans hésiter son médecin de famille : "Il faut que vous alliez à la retraite, c’est normal."

Patrick Laine résume ce lien qui les unit : "C’est surtout une relation de confiance qu’on a établie. Et après, on n’est plus médecin-patient, on est amis quelque part. C’est quelque chose qui est très enrichissant pour le soignant et pour le soigné. Tout ce qui est présentiel, c’est capital. On ne peut pas faire de la médecine par téléphone ou vidéoconférence. C’est scandaleux que les gens ne puissent pas comprendre qu’il y a deux France. Il y a Paris, les grandes métropoles, et puis il y a la ruralité. L’Etat s’en est retiré. Et ce sentiment d’abandon est ce que ressentent tous les médecins qui partent à la retraite, et qui n’ont pas trouvé de solution. Parce que je ne suis pas le seul, il n’y a qu’à regarder la télévision : partout !" > Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo et son application mobile (iOS & Android), rubrique "Magazines".