VIDEO. Inceste : "J’ai eu beaucoup de mal à me construire en tant que femme", témoigne Eugénie

"Je suis sortie de ma chambre, honteuse, j'avais l'impression d'avoir fait une bêtise. Ma mère m'a demandé de ne pas en parler." Lorsqu'elle était enfant, Eugénie a été abusée par son frère âgé de 6 ans de plus qu'elle. Passée sous silence, elle veut aujourd'hui raconter son histoire et espère pouvoir briser le tabou qui règne autour de l'inceste. "Je ne sais pas si on peut parler clairement de viol ou pas mais je sais que j'ai subi un inceste qui a du coup impacté mon développement et la femme que je suis aujourd'hui. Et en fait, ce qu'il s'est passé, c'est qu'à l'époque, ma mère a vu les faits, elle est entrée un jour dans ma chambre au moment pendant lequel mon frère était sur moi, dans une position clairement sexuelle. Et plutôt que de réagir immédiatement, elle a refermé la porte", raconte-t-elle. Elle ajoute : "Je suis donc sortie de ma chambre, honteuse, puisque j'avais l'impression moi d'avoir fait une bêtise et que c'était moi qu'on avait surprise sur le fait. Et en fait, suite à ça, elle m'a demandé de ne pas en parler." "Je me suis jamais reconnue dans aucune histoire que j'ai pu lire" Aujourd'hui, Eugénie déplore les mécanismes du silence que subissent les victimes d'inceste. "S'il est bourreau, c'est qu'on ne lui a pas expliqué qu'il devait pas faire ça donc il y a déjà un manquement de l'entourage à ce niveau-là. Et en plus de ça oui, enfin je veux dire à l'époque c'était un enfant, tout au plus un adolescent puisque j'ai pas de souvenirs précis sur l'âge mais il avait maximum 14 ans quand il a fait ça donc je suis désolée mais c'est pas un adulte, il est pas responsable de ses actes", estime-t-elle. Aussi, elle regrette de ne pas se reconnaître à travers les histoires qu'elle peut lire dans les médias. "Il y a eu le mouvement #Metoo, il y a eu plein de choses, plein de violences qui ont été abordées dans les médias, moi je me suis jamais reconnue dans aucune histoire que j'ai pu lire parce qu'on aborde jamais le tabou de l'inceste", pointe-t-elle.