VIDEO. Explosions à Beyrouth : un journaliste libanais dénonce une administration des douanes corrompue

Le 4 août 2020, l'explosion de 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium dans le port de Beyrouth a détruit une partie de la capitale libanaise et fait des centaines de morts. Selon le journaliste Riad Kobaissi, si au lieu d'être détruite, cette substance hautement explosive a été stockée durant des années, dans des conditions de sécurité très insuffisantes, c'est pour une seule raison : la recherche du profit. Celui qu'aurait pu en tirer une administration qu'il dit corrompue, pour qui "tout se monnaye – y compris des explosifs". "Le port de Beyrouth est comme un microcosme de la façon dont fonctionne ce pays, via des concepts mafieux, explique-t-il dans cet extrait d'"Envoyé spécial". Les gens, là-bas, et à tous les niveaux de l'Etat, ne sont pas nommés en fonction de leurs compétences, mais en fonction de leur degré de loyauté à la mafia. Tout ce qui compte, c'est le pouvoir, la peur, et l'argent." Un directeur des douanes poursuivi pour corruption La "mafia des douanes" libanaises, Riad Kobaissi commence à la connaître – il enquête sur le sujet depuis dix ans. En novembre 2013, il a obtenu la preuve que des douaniers touchaient des pots-de-vin. Aujourd'hui, son ennemi numéro un est l'actuel directeur général des douanes : Badri Daher, poursuivi pour corruption, jamais condamné. Pour illustrer son propos, Riad Kobaissi nous montre des images qu'il a lui-même filmées. On y voit le directeur des douanes sur le port, en pleine négociation avec un usager mécontent : ce dernier vient de s'apercevoir qu'une partie des motos qu'il a fait transporter par conteneur ont disparu. Le nitrate était-il stocké dans le hangar 12 en attendant d'être revendu ? Au lieu de lui promettre une enquête, Badri Daher lui propose aussitôt un dédommagement. Sous quelle forme ? Un prix préférentiel sur trois conteneurs abandonnés, remplis d'appareils électroménagers... Et le directeur des douanes d'organiser une fausse vente aux enchères... alors qu'il a déjà conclu l'affaire avec le propriétaire des motos. Quant à celles qui ont disparu, elles ont sans doute déjà été revendues. Riad Kobaissi pense que le nitrate entreposé dans le hangar 12 du port de Beyrouth était promis à un trafic de ce genre. "Je ne dis pas qu'ils étaient sur le point de le vendre, précise-t-il, je n'en ai pas la preuve. Ce que je dis, c'est que tout ce qui était dans le hangar n°12 y était parce qu'ils se disaient qu'un jour ou l'autre, ils parviendraient à le revendre." Extrait de "Beyrouth : une bombe au cœur de la ville", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 12 novembre 2020. > Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo et son application mobile (iOS & Android), rubrique "Magazines".