VIDEO. En 2012, la mystérieuse agression d'une syndicaliste : "C'est le deuxième avertissement, il n'y en aura pas de troisième"

Attachée sur une chaise, une cagoule noire sur le visage, du Scotch sur la bouche. C'est ainsi que sa femme de ménage découvre Maureen Kearney dans la matinée du 17 décembre 2012. Sur son ventre, un "A" tracé avec une lame. Qui aurait pu agresser chez elle cette syndicaliste qui défendait les salariés d'Areva, le géant français du nucléaire ? Le 28 novembre 2019, "Complément d'enquête" revient sur une étrange affaire.

Entrée dans l'entreprise pour enseigner l'anglais, au fil des années, Maureen Kearney est devenue une représentante importante de la CFDT, dont l'avis est écouté sur le dossier du nucléaire. Dans son carnet d'adresses, des personnalités politiques comme Bernard Cazeneuve ou Arnaud Montebourg. "J'ai senti un truc dans mon dos, j'étais persuadée que c'était un revolver" Jusqu'à ce lundi où son rituel du matin tourne au cauchemar. Elle en fait le récit à la journaliste Laure Pollez. "J'étais penchée sur le lavabo, en train de me laver les dents, et il y a un truc noir qui me tombe dessus : une cagoule. J'ai senti un truc dans mon dos, j'étais persuadée que c'était un revolver." Son agresseur la traîne alors dans le salon, continue-t-elle, et l'attache sur une chaise. Maureen se rappelle avoir senti un couteau sur son ventre, puis dit avoir perdu connaissance. "J'ai disparu de ma tête, vraiment", explique-t-elle, visiblement encore choquée des années plus tard. Tout ce dont elle se souvient, c'est cette phrase : "C'est le deuxième avertissement, il n'y en aura pas de troisième." La syndicaliste dit avoir aussitôt fait le rapprochement avec un dossier sensible sur lequel elle travaillait alors : des contrats qu'Areva et EDF négociaient discrètement avec la Chine. Maureen et ses collègues, qui soupçonnaient leur employeur d'être en train de vendre une partie de sa technologie à leurs concurrents chinois, s'apprêtaient à l'assigner en justice pour obtenir ces contrats. Condamnée pour "dénonciation mensongère", puis relaxée un an plus tard Maureen en est persuadée, c'est son travail de représentante syndicale qui a fait d'elle une cible. Mais après quelques semaines d'enquête, la victime se retrouve sur le banc des accusés. La justice la soupçonne d'avoir elle-même mis en scène son agression. En 2017, elle est condamnée pour "dénonciation mensongère"... avant d'être relaxée en appel l'année suivante. Sept ans après les faits, le mystère demeure... Areva, de son côté, a toujours affirmé être étrangère à cette affaire. Extrait de "Areva : la mystérieuse agression", un reportage à voir dans "Complément d'enquête" le 28 novembre 2019.