VIDEO. Dupond-Moretti : "Il a fait passer la défense de champagne-petits fours à Ricard-olives"

Eric Dupond-Moretti, dont "Complément d'enquête" propose un portrait le 7 janvier 2021, c’est l’histoire d’une suite de conquêtes effrénée. Les dossiers judiciaires les plus emblématiques des vingt dernières années, 145 acquittements à son actif, et maintenant un portefeuille de ministre. Mais c'est aussi, et peut-être avant tout, le verbe. Un verbe qu'il affûte dès ses débuts au barreau de Lille, où il décroche la première place ex æquo au concours d'éloquence. Pour percer les secrets de cette éloquence, "Complément d'enquête" a demandé à un spécialiste de l'art oratoire, l'avocat et enseignant Bertrand Périer, de décrypter l'une des plaidoiries les plus fameuses de maître Dupond-Moretti. En 2008, exceptionnellement, une caméra avait pu s'introduire aux assises de Montpellier pour le procès d'un braqueur de banque. Son défenseur lui obtiendra une remise de peine. "Il fait passer avant tout l'émotion et l'humanité" "Il fait passer avant tout l'émotion et l'humanité", constate Bertrand Périer en visionnant ce moment où l'avocat adopte le ton de la confidence pour évoquer l'enfance du prévenu, "un gamin qui est malheureux". Quant aux phrases qui vont suivre – "Quand le soir vous remontez la couverture, là, sur la joue du petit, et que vous passez un moment avec lui, ce dernier petit baiser de tendresse, c'est ce qui empêche les hommes de faire des conneries" – elles laissent l'enseignant admiratif : "Quand il raconte ce petit moment que chacun de nous a vécu, qui n'a probablement rien à voir avec les faits, c'est totalement pictural, tout le monde y est, et chacun peut s'identifier." "Il sait très bien que la majorité qu'il doit emporter, c'est les jurés populaires" Si l'avocat joue à ce point sur le mécanisme d'identification, c'est que, parlant à la fois à des juges et à des jurés, "il sait très bien, poursuit Bertrand Périer, que la majorité qu'il doit emporter, c'est les jurés populaires. Et donc il parle à tout un chacun. (...) Il dit aux jurés : 'Cet homme-là, ça aurait pu être votre fils, votre frère, votre oncle… Donc jugez-le non pas en tant que juge, mais en tant que frère humain'." Ce ténor qui ne craint pas, contrairement à ces "avocats qui pérorent un peu", de faire montre d'une certaine fragilité, a aussi le goût du rapport de force, souligne l'enseignant. Ainsi cette tirade : "Que vous n'aimiez pas les avocats médiatiques... On est quittes, je ne vous aime pas non plus. Et nous ne partirons pas en vacances ensemble au mois de juillet." Ou encore cette pique au président de la cour d'assises avec une allusion à "la condescendance des bourgeois"... "Il a montré qu'on pouvait faire des vagues, et que ça pouvait être efficace" A rebours de ses confrères, "souvent dans une sorte de connivence de bon aloi avec le juge, conclut Bertrand Périer, Dupond-Moretti a montré qu'on pouvait faire des vagues, et que ça pouvait être efficace. Il a théorisé le fait qu'on pouvait s'affronter, durement, à l'audience, et que c'est efficace." En une formule, pour le spécialiste, "la modernité d'Eric Dupond-Moretti, c'est ça : il a fait passer la défense de 'champagne-petits fours' à 'Ricard-olives'." Extrait de "Dupond-Moretti : le coup d’éclat permanent", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 7 janvier 2021. > Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo et son application mobile (iOS & Android), rubrique "Magazines".