VIDEO. Centrales nucléaires : des départs de feu dans les moteurs de secours installés après Fukushima

Le tsunami de 15 mètres qui a submergé la centrale nucléaire de Fukushima a coupé totalement l'alimentation électrique des réacteurs. Résultat : les pompes censées acheminer l'eau dans les coeurs des 6 réacteurs n’ont plus fonctionné. Les coeurs n'ont plus été refroidis, ils sont alors entrés en fusion, provoquant des explosions et relachant des déchets radioactifs dans la nature. Pour éviter que cela n’arrive en France, EDF a dû notamment installer de nouveaux groupes électrogènes géants, des Diesels d'Ultime Secours. Ce nouveau dispositif a été prescrit par l’Autorité de sûreté nucléaire en 2012. Ces moteurs sont l’ultime protection en cas de panne électrique. Nous avons pu aller les voir à l'intérieur de la centrale nucléaire de Paluel, en Seine-Maritime, guidés par Jean-Marie Boursier, le directeur de la centrale. Chaque réacteur est doté d'un moteur de ce type. "C’est un moteur type moteur de bateau qui délivre une puissance de 3,5 MW qui va alimenter nos systèmes électriques pour nos systèmes de sauvegardes, explique le directeur de la centrale. Et donc la particularité de ce diesel c’est surtout le bâtiment, qui est construit sur des plots parasismiques et qui résiste à tout type d’agression qu’on a pu imaginer." 7 départs de feu dans ces moteurs Aujourd’hui, les 56 réacteurs nucléaires en fonctionnement de France sont pourvus de ces nouveaux diesels de secours. Ils sont neufs, mais pourtant, EDF a recensé des avaries sur 7 des 20 générateurs fournis par le même constructeur : des départs de feu lors d’essais de ces moteurs. Ces incidents ont été observés dans les centrales de Nogent-sur-Seine, Cattenom, Golfech et un dernier feu a eu lieu il y a deux semaines à Flamanville. Dans un courrier envoyé par EDF en septembre dernier à l'entreprise qui a installé ces moteurs, Westinghouse, la direction de l’entreprise demande au fournisseur d’agir : “Nous continuons à subir de nombreuses avaries. (...) Des départs de feu sont survenus au niveau du collecteur d’échappement des machines(...) Nous sommes toujours en attente du déploiement des corrections définitives par vos soins”. Un moteur qui prend feu, c’est un moteur qui ne prend pas le relais en temps et heure pour refroidir les réacteurs en cas d’incident grave. A Flamanville, où il y a eu un départ de feu sur un générateur le 25 février dernier, les employés, représentés par Maxence François, technicien d'exploitation et délégué syndical CGT, veulent des explications : "Nous on espère compter sur l’entreprise pour qu’elle tire tout ça au clair et qu’au final on puisse avoir confiance au groupe enfin… un démarrage de groupe il est pas censé prendre feu on n’a pas à se poser ces questions-là sur un groupe diesel." Ces incidents sont ils dûs à des défauts d’utilisation par le personnel ou à une erreur de conception par le fabricant ? Les deux, d’après l’Autorité de sûreté nucléaire, qui nous répond par mail : “Les défauts sont liés à une insuffisance dans la procédure de démarrage et d’arrêt des moteurs, et à l’utilisation de tuyaux de mauvais diamètres lors de la fabrication des moteurs”. Contactés, EDF et le constructeur affirment que ces moteurs sont réparés et qu’ils sont “conformes et sûrs”. Tous les nouveaux dispositifs de sécurité post-Fukushima en France devraient être achevés en 2034. Parmi nos sources : L'Autorité de sûreté nucléaire La liste de toutes les nouvelles mesures de sécurité à installer dans les centrales nucléaires, par centrale Le parc français des centrales nucléaires Les Diesels d'ultime secours (DUS) Qu'est-ce qu'un DUS ? Liste non exhaustive.