VIDEO. 3 idées reçues sur la lutte contre la pauvreté avec Esther Duflo

Les aides sociales rendent les gens paresseux "C'est le genre d'idée qui persiste parce qu'elle nous paraît intuitive. Bah oui, si on donne aux gens de quoi manger plus, bah ils vont avoir moins envie de travailler. Ce qui est intéressant c'est que si on se pose la question sur soi-même, en général, on ne donne pas la même réponse. On se dit : "Non, moi, si je recevais des aides, ça ne me rendrait pas paresseux. Mais les autres, oui."", dit Esther Duflo, économiste et Prix Nobel d'économie 2019. Elle met en avant que dans "toutes les expériences qui ont pu avoir lieu, où on donne aux gens des aides sociales plus généreuses, que ce soit dans les pays pauvres ou dans les pays riches, on ne voit jamais un effet de découragement du travail." Au contraire, "la plupart des gens veulent jouer un rôle positif dans la société, travailler, être intégré, etc. C'est quelque chose qui est beaucoup plus important, en fait, que de se reposer toute la journée." Les aides sociales, ça coûte cher et ça gaspille nos impôts "Il ne faut pas penser aux impôts comme du gaspillage, il faut penser aux impôts comme une redistribution des plus fortunés vers les moins fortunés. Ce serait du gaspillage que si les impôts étaient tellement importants que ça découragerait les gens riches de travailler et que donc avoir des impôts élevés ne réussissait pas à remplir les coffres de l'État suffisamment. Mais ça, il se trouve aussi que ce n'est pas vrai", explique Esther Duflo. Elle ajoute : "De la même façon que les personnes pauvres ne sont pas découragées de travailler à cause des aides sociales, la vérité c'est que les personnes riches ne sont pas découragées de travailler quand les impôts sont plus importants." Une société sans inégalités sociales, c'est impossible "Il n'y a pas de loi économique qui dit qu'il faut qu'il y ait des inégalités dans le monde pour que le monde avance, il n'y a pas de nécessité économique aux inégalités, d'ailleurs on le voit dans les pays du monde qu'il y a des situations très, très différentes", assure l'économiste.